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A.R.
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13 avril 2021

H

spaceToutes les monstruosités violent les gestes atroces d'Hortense. Sa solitude est la mécanique érotique, sa lassitude, la dynamique amoureuse. Sous la surveillance d'une enfance, elle a été, à des époques nombreuses, l'ardente hygiène des races. Sa porte est ouverte à la misère. Là, la moralité des êtres actuels se décorpore en sa passion ou en son action. - O terrible frisson des amours novices sur le sol sanglant et par l'hydrogène clarteux ! trouvez Hortense.

 

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13 avril 2021

Bottom

spaceLa réalité étant trop épineuse pour mon grand caractère, - je me trouvai néanmoins chez ma dame, en gros oiseau gris bleu s'essorant vers les moulures du plafond et traînant l'aile dans les ombres de la soirée.

Je fus, au pied du baldaquin supportant ses bijoux adorés et ses chefs-d'oeuvre physiques, un gros ours aux gencives violettes et au poil chenu de chagrin, les yeux aux cristaux et aux argents des consoles.

Tout se fit ombre et aquarium ardent.

Au matin - aube de juin batailleuse, - je courus aux champs, âne, claironnant et brandissant mon grief, jusqu'à ce que les Sabines de la banlieue vinrent se jeter à mon poitrail.

- Métamorphoses était le premier titre du poème. Il a été barré sur l'autographe et remplacé par Bottom. Bottom est un personnage du "Songe d'une nuit d'été", de William Shakespeare, qui se trouve changé en âne.

 

 
12 août 2019

Ci-gît Arthur Rimbaud, l’Homme aux semelles de vent

A Charleville-Mézières, la sépulture d’Arthur Rimbaud est toujours fréquentée par les admirateurs du poète.

Bernard Colin, gardien de la tombe d’Arthur Rimbaud, et Claire Lignereux, chargée des publics du musée Rimbaud, veillent sur la tombe du poète

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Le 16 août 2019 à 12h21

« Merci de me nourrir, d'abreuver ma soif, merci Arthur… » Bernard Colin commence à lire les quelques lignes d'une missive adressée à Arthur Rimbaud. Comme chaque jour, il vient de relever le courrier de la boîte à lettres dédiée à l'homme aux semelles de vent.

Installée à l'entrée du cimetière de l'avenue Boutet, à Charleville-Mézières, cette boîte « vintage » des PTT est entourée d'ailes en fer forgé. « On sent que ça vient du cœur, c'est un honneur pour moi de garder ces petits mots », commente le gardien du cimetière, avant de remettre un tour de clé dans la serrure.

Et cela fait 37 ans, que Bernard Colin veille sur la correspondance adressée à Arthur Rimbaud, mais aussi sur tous les objets laissés sur sa tombe, élevée depuis 1891. Installée dans le massif E, sa pierre tombale en marbre blanc est adossée à une stèle surmontée d'une croix. Le poète y est enterré avec sa mère, son grand-père et ses deux sœurs, Isabelle et Vitalie.

Baskets, flacons d'absinthe, dessins… sur la tombe

« J'ai retrouvé des paires de baskets accrochées à la grille du caveau familial, des flacons d'absinthe, des dessins, des maillots… ». Le plus insolite est sans doute le médiator de la guitare de Patti Smith, déposée par la star elle-même. Car la diva du rock voue un véritable culte au poète : elle a effectué de nombreux pèlerinages dans les Ardennes, et même acquis une ferme où le poète avait rédigé quelques poèmes, à Roche, un hameau situé à une quarantaine de kilomètres de Charleville.

 Portrait d’Arthur Rimbaud (1859 - 1891). Selva/Leemage  

Entassés dans des boîtes à chaussures, tous les objets recueillis dans le cimetière seront, sans doute, destinés à intégrer la collection documentaire du musée Rimbaud. Il faut dire que les rituels ont la vie dure, ici, à Charleville, et les réseaux sociaux ne cessent de les relayer.

« Les gens aiment bien déposer un petit objet personnel ou boire un petit coup à sa santé, ils s'assoient devant et déposent la bouteille vide sur sa tombe. Certains glissent même des petits mots dans les fentes de la pierre tombale ». Des Japonais, des Italiens, des Chinois, des Allemands, des Français… un millier de personnes s'y pressent chaque année. « Rimbaud est quelqu'un d'insaisissable, il a commencé à écrire un peu partout, à Londres, en Asie, à Bruxelles… Sa tombe, c'est un repère, les gens viennent ici en pèlerinage », souligne Claire Lignereux, chargée des publics du musée Rimbaud.

Les habitants se sont approprié du personnage

Carlo ne fait pas partie de ces adeptes du pèlerinage et se méfie du côté gourou. Planté devant la tombe du poète, il concède : « J'ai du mal à le dire, mais c'est vrai que je suis venu m'installer à Charleville à cause de ces fantômes d'écrivains. Rimbaud, c'est tout sauf un Dieu pour moi. C'est juste un gars qui a fait quelque chose d'exceptionnel et que je viens saluer. »

Pour les résidants de la ville, le lien avec Rimbaud est assez naturel, quotidien et à la fois fusionnel. « On ne peut pas le louper, les habitants se sont approprié le personnage. Les gens qui viennent de loin pour se recueillir ici au cimetière ont davantage une quête spirituelle. Pour certains, la force de sa poésie les aide à se construire, il y a quelque chose qui nous dépasse », reconnaît Claire Lignereux.

Bernard Colin, quant à lui, ne ressent pas de lien intime avec l'auteur d'« Une Saison en Enfer ». Il avoue même ne pas s'intéresser particulièrement à son œuvre. Et pourtant, bien des fans l'envient. Sa maison en pierre jaune de Dom-le-Mesnil, de style néogothique, est plantée là dans l'enceinte du cimetière Boutet. Et de la fenêtre de sa chambre, il peut avoir un œil sur la tombe d'Arthur. « Je m'endors à côté de lui chaque soir. Beaucoup me disent que j'ai de la chance et envient ma proximité », nous glisse, un sourire en coin, le gardien du « temple ».
Les meilleures adresses du Guide du routard à Charleville-Mézières

 

7 avril 2021

Rimbaud et Verlaine, deux poètes... deux vies, une histoire ...

C’est en 1871 qu’Arthur Rimbaud débarque à Paris. Il y rencontre Paul Verlaine. Commence alors entre ces deux hommes une belle histoire, une histoire tragique qui les lie à tout jamais au-delà des temps.

Deux poètes, deux génies en quête d’amour et d’inspiration. Pendant deux longues et merveilleuses années, les deux hommes composent des vers magnifiques, des poèmes aujourd’hui encore adulés et aimés que chacun fredonne et se dit et se lit…

De cette intimité innocente naît un amour interdit ou coupable ? Les sentiments de Verlaine, tangents, entre sa femme Mathilde et son amant Rimbaud tenteront de faire de son homosexualité une expérience. Mais cette expérience entre beauté, bonheur et aussi douleur… s’achève un beau jour de juillet 1873 à Bruxelles. En proie à l’alcool, tiraillé par ses sentiments profonds, Paul Verlaine tire une balle sur Arthur Rimbaud, son amant. Il sera simplement blessé, blessé physiquement, mais aussi blessé dans l’âme. Arthur Rimbaud s’en va et quitte Paul Verlaine.

Pour mieux comprendre cette passion il est intéressant de connaître les deux personnages.

 

Paul Verlaine : 

 

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 Paul Verlaine naquit à Metz le 30 mars 1844. Issu d’une famille de la petite bourgeoisie, il fit des études à Paris. A cette époque il se rend souvent dans des cafés et des salons littéraires parisiens… C’est en 1866, à tout juste 20 ans qu’il collabore au premier Parnasse contemporain et publie les célèbres « Poèmes Saturniens ». Puis en 1869, « les Fêtes galantes », évoquant le dix-huitième siècle de Watteau… Mathilde Mauté devient sa femme peu de temps après, il publie alors « La Bonne Chanson ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pourtant, l'année qui va suivre est celle qui bouleversa sa vie, il fait la Rencontre d’Arthur Rimbaud ; Verlaine quitte alors sa tendre épouse, et suit aveuglement le jeune poète en Angleterre, puis en Belgique. Naissent alors sous sa plume les « Romances sans paroles ». Puis, le terrible drame survint dans les années qui suivirent…Verlaine tire sur son amant, il est alors condamné à deux ans de prison qu'il purge à Bruxelles puis à Mons. Après toute cette souffrance, Verlaine se convertit au Catholicisme et il publie « le livre de Sagesse »... 1884 arrive son essai sur trois « poètes maudits » suit : Mallarmé, Tristan Corbière, et bien évidemment Rimbaud, mais ce n’est qu’à partir de 1887 que sa célébrité s'accroît. Seulement voilà, son destin lui joue des tours, la fatalité se joue de lui, il plonge alors dans la misère la plus totale. Le poète s’use…
Il s’éteint à Paris le 8 janvier 1896…

On raconte qu’au lendemain de son enterrement, plusieurs quotidiens évoquent un événement curieux et pour le moins étrange : ce serait dans la nuit suivant les obsèques que la statue de la Poésie sur l’Opéra, aurait perdu un bras. Son bras se serait cassé, écrasé littéralement, avec la lyre qu'il soutenait, à l'endroit même où le corbillard de Verlaine venait de passer quelques heures auparavant...

 

 

 

 

 

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Arthur Rimbaud : 

 

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Arthur Rimbaud naquit à Charleville-Mézières, un jour d’octobre 1854, le 20. Sa mère, Vitalie Cuif, est une femme très autoritaire et son père, Frédéric Rimbaud, est militaire, capitaine des armées comme le fut celui de Verlaine. Rimbaud entre à l'Institut Rossat en 1862, c’est une école fréquentée par les enfants de la bourgeoisie de Charleville et très réputée.

En 1865, il entre au collège de Charleville et commence à écrire... Il se lie d'amitié avec Georges Izambard, son professeur de rhétorique qui lui fait découvrir de grands auteurs comme Rabelais, Victor Hugo ou bien encore Théodore de Banville. La même année, Rimbaud part pour Paris mais comme la France et la Prusse sont officiellement en guerre, il s’y rend sans autorisation, il est donc incarcéré à la prison de Mazas. Cependant, son cher professeur Izambard parvient à le faire libérer. Avant son retour à Charleville, il séjourne quelques temps chez les dites demoiselles Gindre, proches de la famille Izambard.

La mère de Rimbaud implore le retour de son fils qui ne cesse de fuguer…il finit par regagner Paris pour y rester deux semaines. Cette année là, il rencontre Verlaine et participe aux réunions parisiennes du « Cercle Zutique » mais en sera exclu très vite. Rimbaud et Verlaine, vivant des moments forts et dissolus, décident de s’en aller en Belgique, en Angleterre. Rimbaud regagne les Ardennes à la fin de l'année 1872, et c’est en 1873, l’année suivante, qu’il commence à rédiger « Une Saison en enfer ». Inutile de rappeler la scène tragique qui sépara à tout jamais les deux hommes.

Au fil du temps Rimbaud voyagea beaucoup à travers le monde, dans de nombreux pays…dans d’autres univers… Il fit du trafic d'armes de 1885 à 1888. Mais c’est en 1891 qu’il est rapatrié en France à cause d'une tumeur au genou droit qui le fait souffrir atrocement et qui causera sa mort en novembre de la même année...

 

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Sur les traces de leur histoire : 

 

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Verlaine sans Rimbaud ou Rimbaud sans Verlaine, deux talents, deux génies qui se sont trouvés pour peut-être mieux se perdre… mais c’est surtout la naissance d’œuvres qui rend leur union si impalpable et peut-être si atemporelle. Retrouvez à travers ces choix de textes leur univers…

Comment Verlaine s’adressait-il à son cher Rimbaud ?

 

 

 

 

 

 

Lettres de Paul Verlaine à Arthur Rimbaud

Paris, le 2 avril (18)72.
Du café de la Closerie des Lilas.

Bon ami,

C'est charmant, l'Ariette oubliée, paroles et musique ! Je me la suis fait déchiffrer et chanter ! Merci de ce délicat envoi ! Quant aux envois dont tu me parles, fais-les par la poste, toujours à Batignolles, [rue] Lécluse. Auparavant, informe-toi des prix de port, et si les sommes te manquent, préviens-moi, et je te les enverrai par timbres ou mandats (à Bretagne). Je m'occuperai très activement du bazardage et ferai de l'argent - envoi à toi, ou gardage pour toi à notre revoir - ce que tu voudras m'indiquer.

Et merci pour ta bonne lettre ! Le "petit garçon" accepte la juste fessée, I'"ami des crapauds" retire tout, - et n'ayant jamais abandonné ton martyre, y pense, si possible - avec plus de ferveur et de joie encore, sais-tu bien, Rimbe.

C'est ça, aime-moi, protège et donne confiance. Etant très faible, j'ai très besoin de bontés. Et de même que je ne t'emmiellerai plus avec mes petitgarçonnades, aussi n'emmerderai-je plus notre vénéré Prêtre de tout ça, - et promets-lui pour bientissimot une vraie lettre, avec dessins et autres belles goguenettes.

Tu as dû depuis d'ailleurs recevoir ma lettre sur pelure rose, et probab[lement] m'y répondre. Demain j'irai à ma poste restante habituelle chercher ta missive probable et y répondrai... Mais quand diable commencerons-nous ce chemin de croix, - hein ?

Gavroche et moi nous sommes occupés aujourd'hui de ton déménagement. Tes frusques, gravures et moindres meubles sont en sécurité. En outre, tu es locataire rue Campe jusqu'au huit. Je me suis réservé, - jusqu'à ton retour, - 2 gougnottes à la sanguine que je destine à remplacer dans son cadre noir le Camaïeu du docteur. Enfin, on s'occupe de toi, on te désire. A bientôt, - pour nous, - soit ici, soit ailleurs.

Et l'on est tous tiens.
P.V.

Toujours même adresse.
Merde à Mérat - Chanal - Périn, Guérin ! et Laure ! Feu Carjat t'accolle !
Parle-moi de Favart, en effet.
Gavroche va t'écrire ex imo.

 

Londres, le dimanche 12 décembre (18)75.
Mon cher ami,

Je ne t'ai pas écrit, contrairement à ma promesse (si j'ai bonne mémoire), parce que j'attendais, je te l'avouerai, lettre de toi, enfin satisfaisante. Rien reçu, rien répondu. Aujourd'hui je romps ce long silence pour te confirmer tout ce que je t'écrivais il y a environ deux mois.

Le même, toujours. Religieux strictement, parce que c'est la seule chose intelligente et bonne. Tout le reste est duperie, méchanceté, sottise. L'Eglise a fait la civilisation moderne, la science, la littérature : elle a fait la France, particulièrement, et la France meurt d'avoir rompu avec elle. C'est assez clair. Et l'Eglise aussi fait les hommes, elle les crée: Je m'étonne que tu ne voies pas ça, c'est frappant. J'ai eu le temps en dix-huit mois d'y penser et d'y repenser, et je t'assure que j'y tiens comme à la seule planche.

Et sept mois passés chez des protestants m'ont confirmé dans mon catholicisme, dans mon légitimisme, dans mon courage résigné.

Résigné par l'excellente raison que je me sens, que je me vois puni,humilié justement et que plus sévère est la leçon, plus grande est la grâce et l'obligation d'y répondre.

Il est impossible que tu puisses témoigner que c'est de ma part pose ou prétexte. Et quant à ce que tu m'écrivais, - je ne me rappelle plus bien les termes, "modifications du même individu sensitif", "rubbish", "potarada", blague et fatras digne de Pelletan et autres sous-Vacquerie.

Donc le même toujours. La même affection (modifiée) pour toi. Je te voudrais tant éclairé, réfléchissant. Ce m'est un si grand chagrin de te voir en des voies idiotes, toi si intelligent, si prêt (bien que ça puisse t'étonner !) J'en appelle à ton dégoût lui-même de tout et de tous, à ta perpétuelle colère contre chaque chose, - juste au fond cette colère, bien qu'inconsciente du pourquoi.

Quant à la question d'argent, tu ne peux pas sérieusement ne pas reconnaître que je suis l'homme généreuxen personne : c'est une de mes très rares qualités, - ou une de mes très nombreuses fautes, comme tu voudras. Mais, étant donné, et d'abord mon besoin de réparer un tant soit peu, à force de petites économies, les brèches énormes faites à mon menu avoir par notrevie absurde et honteuse d'il y a trois ans, - et la pensée de mon fils, et enfin mes nouvelles, mes fermes idées, tu dois comprendre à merveille que je ne puis t'entretenir. Où irait mon argent ? A des filles, à des cabaretiers ! Leçons de piano ? Quelle "colle" ! Est-ce que ta mère ne consentirait pas à t'en payer, voyons donc !

Tu m'as écrit en avril des lettres trop significatives de vils, de méchants desseins, pour que je me risque à te donner mon adresse (bien qu'au fond, toutes tentatives de me nuire soient ridicules et d'avance impuissantes, et qu'en outre il y serait, je t'en préviens, répliqué légalement, pièces en mains). Mais j'écarte cette odieuse hypothèse. C'est, j'en suis sûr, quelque "caprice" fugitif de toi, quelque malheureux accident cérébral qu'un peu de réflexion aura dissipé. - Encore prudence est mère de la sûreté et tu n'auras mon adresse que quand je serai sûr de toi.

C'est pourquoi j'ai prié Delahaye de ne te pas donner mon adresse et le charge, s'il veut bien, d'être assez bon pour me faire parvenir toutes lettres tiennes.
Allons, un bon mouvement, un peu de coeur, que diable ! de considération et d'affection pour un qui restera toujours - et tu le sais,
Ton bien cordial
P. V.
Je m'expliquerai sur mes plans - ô si simples, - et sur les conseil que je te voudrais voir suivre, religion même à part, bien que ce soit mon grand, grand, grand conseil, quand tu m'auras, via Delahaye, répondu "properly".

P.-S. - Inutile d'écrire ici till called for.Je pars demain pour de gros voyages, très loin...

 

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Rimbaud et Verlaine en Images :

Plusieurs documentaires ont été tournés autour de deux hommes, des films aussi. Il n’est pas question ici de tous les énumérer, mais pour n’en citer qu’un seul il est souhaitable d’évoquer celui de Richard Dindo.

Entre fiction et réalité, ce film documentaire retrace la vie d' Arthur Rimbaud en faisant revivre les gens qui l'ont le mieux connu : sa sœur Isabelle, sa mère Vitalie, son ami d'enfance Delahaye, son professeur Izanbard, l'employeur à Aden, M. Bardey ainsi que Paul Verlaine bien entendu. Tous les personnages, magnifiquement interprétés par des acteurs, racontent la vie d’Arthur Rimbaud dans les lieux réels qu’à côtoyés le poète. Les lieux de son enfance, jusqu'à la mort en passant par Charleville, Paris, Londres, Bruxelles, Aden et Harrar. Tout au long du docu-fiction, à percevoir un peu comme une enquête reconstituant les moments fondamentaux de la vie de Rimbaud. La question de son abandon de la littérature se pose aussi à travers les images de Richard Dindo. Tel un monologue intérieur, une voix off traverse le film, entremêles d’extraits de poèmes, de correspondance. Un véritable chef-d’œuvre à la fois artistique, didactique et touchant.

Documentaires, dessin animés, théâtre, cinéma, l’hommage est partout. Au-delà de la littérature, les deux poètes ont survécus et ne cesse ne hanter les esprits poétiques et moins poétiques. L’Histoire des deux hommes est un parcours à suivre, à comprendre et à partager…

 

 

6 avril 2021

Chronologie


1854       20 octobre   Naissance à Charleville de Jean Nicolas-Arthur Rimbaud.

 

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      Maison natale de Rimbaud. 12, rue Napoléon à Charleville                             La Maison où Rimbaud a vécu adolescent. 5 bis, quai de la Madeleine

  Siège de Sébastopol. Son père, le capitaine Frédéric Rimbaud prend part à la
                guerre de Crimée.
 
1865       Arthur termine sa sixième au Collège municipal de Charleville, où il sera un brillant
                élève.

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Le collège de Rimbaud à Charleville

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La Place ducale à Charleville vers 1860
1866       L’éditeur Alphonse Lemerre lance Le Parnasse contemporain.
 
1869       Premier poème français de Rimbaud : « Les Etrennes des Orphelins », publié le
                2 janvier dans la Revue pour tous.
                Ouverture du canal de Suez.
 
1870       24 mai Rimbaud, élève de la classe de Rhétorique et peut-être encouragé par son
                professeur de lettres, Georges Izambard, envoie trois poèmes à Banville  pour le
                Parnasse contemporain.
                18 juillet La France déclare la guerre à la Prusse.
                29 août-26 septembre Première fugue (Paris, puis Douai, où il retrouve son ancien
                professeur Georges Izambard).
                Octobre Deuxième fugue (Charleroi, Bruxelles, Douai).
                Il compose un recueil qu’à son départ il laisse sans titre chez un poète local, Paul
                Demeny.
 
1871       28 janvier Signature de l’armistice.
                25 février-début mars Troisième fugue (Paris).
                18 mars Début de la Commune.
                13 et 15 mai Les « Lettres du Voyant ».
                21-28 mai La « semaine sanglante ». Victoire des Versaillais sur les Communards.
                31 août Thiers, qui a été le chef du gouvernement provisoire, devient président de
                la République.
                Septembre Verlaine, répondant à son appel, accueille Rimbaud à Paris.
                Octobre Fondation du « Cercle zutique » par Charles Cros.
 
1872       Mars Rimbaud regagne Charleville.
                Mai De retour à Paris, Rimbaud compose de nouveaux poèmes : « Larme », « Fêtes
                de la patience », etc.
                7 juillet Verlaine et Rimbaud quittent Paris pour la Belgique.
                7-8 septembre Ils s’embarquent à Ostende pour l’Angleterre et ils s’installent à
                Londres.

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Verlaine et Rimbaud dans les rues de Londres, dessin de Félix Régamey, 1872-1873
1873     25 mars Rimbaud prend une carte de lecteur au British Museum.
              4 avril Au cours d’un séjour dans sa famille, à Roche, il commence la rédaction d’un
              « Livre Nègre » ou « Livre païen ».
              24 mai Démission de Thiers, remplacé par le général Mac-Mahon.
              27 mai Retour de Verlaine et Rimbaud à Londres.
              3 juillet A la suite d’une nouvelle querelle avec Rimbaud, Verlaine s’embarque pour
              la Belgique.
              10 juillet A Bruxelles, Verlaine tire sur Rimbaud qui l’a rejoint. Le même jour il est
              arrêté.
              Août-septembre Dans la propriété familiale de Roche (Ardennes), Rimbaud achève      
              le « Livre païen », devenu Une saison en enfer.
              8 août Verlaine est condamné à deux ans de prison.
 
1874     Vers le 25 mars Rimbaud part pour Londres en compagnie de Germain Nouveau, qui
              repart avant l’été.
              Mme Rimbaud et Vitalie viennent rejoindre Arthur dans la capitale britannique du 8
              au 31 juillet (témoignage du journal de Vitalie).
              Il rentre précipitamment le 29 décembre à Charleville, où il est convoqué par
              l’autorité militaire (il a franchi le seuil des vingt ans le 24 octobre précédent). Mais il
              bénéficie de l’engagement pour cinq ans de son Frère Frédéric.
 
1875     Février-avril Séjour de Rimbaud à Stuttgart. Dernière rencontre avec Verlaine qui,
              après sa libération, a voulu le rejoindre.
              Mai-juin Voyage en Italie.
 
1876     Avril Voyage vers l’Orient. Interrompu à Vienne (Autiche).
              19 mai Rimbaud s’engage dans l’armée coloniale hollandaise.
              Départ pour Batavia.
              Août Il déserte. Retour en Europe
 
1877     Mai Il est à Brême. Crise politique du 16 mai en France.
              Juin Il est à Stockholm.
 
1878     19 novembre Rimbaud s’embarque à Gênes pour Alexandrie.
              Décembre il est chef de chantier dans une carrière à Chypre.
 
1879     Mai Atteint par la fièvre typhoïde, il rentre en France.
 
1880     Mars Il s’embarque pour Alexandrie puis regagne Chypre.
              Dostoïevski : Les Frères Karamazov.
              Août il est engagé par une firme commerciale d’Aden.
              Décembre Au Harar il est employé pendant un an dans une succursale de cette
              firme.
 
1882     Aden.
 
1883     Mars Retour au Harar.
              Verlaine fait paraître une étude sur Rimbaud dans la revue Lutèce (dans la série « Les
              Poètes maudits »). Il fait aussi connaître quelques poèmes de Rimbaud qui suscitent
              l’intérêt des lecteurs.
              10 décembre Rimbaud, par l’intermédiaire de son employeur Alfred Bardey, fait
              parvenir à la Société de géographie un rapport sur ses explorations dans l’Ogadine.
              Ce rapport est publié.
 
1884     Il quitte le Harar.
 
1885     Octobre Il décide de chercher la fortune en vendant des fusils d’occasion à Ménélik,
              roi du Choa.
 
1886     Octobre Rimbaud et sa caravane se mettent en route pour le Choa.
              La Vogue publie les Illuminations et réédite Une saison en enfer.
             
1887     Février Rimbaud cède son matériel à Ménélik dans des conditions désastreuses.
              Sadi Carnot devient président de la République.
 
1888     Mai Rimbaud renonce au trafic d’armes et fonde au Harar une agence commerciale.
 
1889     Ménélik devient empereur.
              Claudel écrit Tête d’or, son premier grand drame, publié l’année suivante et marqué
              par l’influence de Rimbaud.
 
1891     Avril Souffrant d’une violente douleur au genou, Rimbaud quitte le Harar.
              27 mai Hospitalisé à Marseille, il est amputé de la jambe droite.
              23 juillet Retour dans sa famille à Roche.
              25 août Il est de nouveau hospitalisé à Marseille.
              10 novembre Il meurt après d’atroces souffrances.
              10 novembre L’éditeur Genonceaux publie sous le titre de Reliquaire un bon
              nombre de poèmes en vers.
              Quelques jours plus tard Arthur Rimbaud est inhumé au cimetière de Charleville.

 

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24 janvier 2021

Observateur de la géopolitique locale

La connaissance de Rimbaud des populations et des conflits locaux apparait dans les articles qu’il fit paraître dans Le Bosphore égyptien (le journal d’Octave Borelli*, le frère de Jules Borelli, paraissant au Caire) dans lesquels il relatait la conquête du Harar par Ménélik, roi du Choa en 1887 :

                                   * Connu comme Borelli bey en raison du titre accordé par le Khédive d’Egypte ; avocat, il avait dû quitter la France à la suite d’une affaire financière mal éclaircie ; en Egypte il fut homme d’affaires et un moment conseiller juridique du gouvernement égyptien.

 

« Ménélik avait depuis longtemps l’intention de s’emparer du Harar, où il croyait trouver un arsenal formidable, et en avait prévenu  les agents politiques français et anglais sur la côte. Dans les dernières années, les troupes abyssines rançonnaient régulièrement  les [monts] Itous ; elles finirent par s’y établir. D’un autre côté, l’émir Abdullaï, depuis le départ de Radouan-Pacha avec les troupes  égyptiennes, s’organisait une petite armée et rêvait de devenir le Mahdi des tribus musulmanes du centre du Harar. Il écrivit à  Ménélik revendiquant la frontière de l’Hawach et lui intimant de se convertir à l’Islam »

« La rencontre eut lieu à Shalanko, à 60 kilomètres ouest de Harar, là où Nadi Pacha avait, quatre années auparavant, battu les tribus Gallas des Méta et des Oborra.Ses trois mille guerriers [de l’émir Abdullaï] furent sabrés et écrasés en un clin d’œil par ceux du roi du Choa. Environ deux cents Soudanais, égyptiens, et Turcs, restés auprès d’Abdullaï après l’évacuation égyptienne, périrent avec les guerriers Gallas et Somalis. Et c’est ce qui fit dire à leur retour aux soldats choanais, qui n’avaient jamais tué de blancs, qu’ils rapportaient les testicules de tous les Franguis du Harar*. »

                                                           * Frangui ou Franghi, désignation du « Blanc » - Rimbaud veut dire que pour les guerriers du Choa, les Arabes ou Turcs sont des Blancs.

Après avoir conquis Harar, et avoir exigé une imposition, Ménélik confie la ville à Ali Abou Beker, neveu de l’ancien émir en fuite. Selon Rimbaud, sa gestion ne fut pas du goût de Mékounène (orthographe de Rimbaud), le représentant de Ménélik sur place, qui entre dans la ville pour le chasser*, ce qui permet à Rimbaud une nouvelle généralisation à laquelle on n’attachera probablement pas une importance démesurée :

« Les Abyssins, entrés en ville, la réduisirent en un cloaque horrible, démolirent les habitations, ravagèrent les plantations,
tyrannisèrent la population comme les nègres savent procéder entre eux, et, Ménélik continuant à envoyer du Choa des troupes de  renfort suivies de masses d’esclaves, le nombre des Abyssins actuellement au Harar peut être de douze mille, dont quatre mille fusiliers armés de fusils de tous genres, du Rémington au fusil à silex. »*

                                                * La vision négative de l’action du Ras Mekonnen (ou Makonnen) par Rimbaud (au moins ici) parait totalement contredite par l’article Wikipedia le concernant, Mekonnen Welde Mikaél. Ras (titre abyssin équivalent à duc) Mekonnen, cousin germain de Ménélik,  est aussi connu pour avoir été le père de l’empereur Haïlé Sélassié. Par la suite, revenu au Harar dont Mekonnen était le gouverneur, Rimbaud eut avec lui de bonnes relations et Mekonnen lui écrivit lorsque Rimbaud fut hospitalisé à Marseille en 1891 pour lui témoigner sa sympathie.

Par ailleurs, dans ses articles du Bosphore égyptien, Rimbaud constate que la présence des Abyssins au Harar  a ruiné le commerce – on peut se demander si son jugement  sur les capacités de Ménélik comme administrateur  n’est-pas un peu influencé par ses démêlés avec Ménélik pour se faire payer les fusils qu'il lui a livrés :

 « Les Abyssins ont dévoré en quelques mois la provision de dourah* laissée par les Égyptiens et qui pouvait suffire pour plusieurs années. La famine et la peste sont imminentes.

                                                       * Sorgho

 (..) Ménélik manque complètement de fonds, restant toujours dans la plus complète ignorance (ou insouciance) de l’exploitation des ressources des régions qu’il a soumises et continue à soumettre. Il ne songe qu’à ramasser des fusils … »

 Rimbaud signale que la politique de Ménélik mène à l'affrontement avec son suzerain l’empereur abyssin Johannès – ce qui devait être évident pour tous les observateurs ; en fait l’affrontement n’eut pas lieu : alors qu’il s’apprêtait à entrer en campagne contre Ménélik, Johannès se retourna contre ses agressifs voisins les Mahdistes du Soudan et mourut de ses blessures au combat. C’est Ménélik qui fut choisi pour lui succéder comme empereur d’Abyssinie, roi des rois (Nəgusä nägäst ou Négus négusti) en 1889.

 

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  Ménélik II, empereur d'Ethiopie, vers 1900. Photo extraite d'un article de Dido Lykoudis, Arthur Rimbaud et ses amis grecs de Harar: une histoire méconnue.

  Gréce-Hebdo, septembre 2018.

  https://grecehebdo.gr/index.php/component/content/article/18-culture/2491-arthur-rimbaud-et-ses-amis-grecs-de-harar-une-histoire-inconnue

 

27 janvier 2021

Retour à Harar

Harar est devenu une étape importante sur la route vers la capitale du Choa. Rimbaud souhaite ouvrir un comptoir pour vendre des produits divers qui seront fournis par d’autres commerçants. Il passe des accords avec César Tian, un Marseillais qui est un important exportateur de café d'Aden, avec son ancien patron Alfred Bardey à Aden ; avec Alfred Ilg au Choa ; avec Constantin Sotiro, son ancien assistant, qui s'est établi à son compte. En mai 1888 il ouvre alors un commerce à son nom, où il vend et achète du café, de la gomme, des peaux de bêtes, du musc (de Civette), de la cotonnade, de l'ivoire, de l'or, des ustensiles manufacturés, et fournit des chameaux pour caravanes - selon art. Wikipedia Rimbaud).

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Rimbaud s’occupe de son comptoir qui est sans doute assez modeste (on le décrira plus comme un bazar que comme une affaire importante). Il écrit à sa famille : « Je m'ennuie beaucoup, toujours ; […] n'est-ce pas misérable, cette existence sans famille, sans occupation intellectuelle (…) ? »

Il revoit l'explorateur Jules Borelli, puis Armand Savouré, enfin Alfred Ilg. Tous décriront Rimbaud comme un être intelligent, peu causant, sarcastique, vivant simplement, ne parlant pas de sa vie antérieure, sauf pour dire qu’elle était sans intérêt, s'occupant de ses affaires avec précision, honnêteté et fermeté.  Un missionnaire, le futur évêque Jarosseau, le décrit ainsi : « J’ai toujours été frappé de sa distinction et de sa réserve dont il ne sortait que pour lancer une boutade acérée. Il parlait peu, se livrait encore moins et pourtant on sentait qu’on avait devant soi un homme peu commun. Il menait la vie la plus simple » (cité par Gaëtan Bernoville, L'épopée missionnaire d'Éthiopie: Monseigneur Jarosseau et la Mission des Gallas, 1950).

 

 Les caravanes sont parfois attaquées, des missionnaires sont assassinés. « On massacre, en effet, et l’on pille pas mal dans ces parages », écrit Rimbaud à sa famille.  Le trafic doit être interrompu pendant plusieurs mois au début de 1890, occasionnant des récriminations entre Rimbaud et César Tian sur le manque-à-gagner.

 

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Carte schématique des lieux visités par Rimbaud, reproduite sur le site Arthur Rimbaud le poète

http://abardel.free.fr/biographie/00_rimbaud_biographie.htm#agent_commercial

 

 

18 février 2021

Lettre de Rimbaud remise en vente 145 000 euros

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Le 7 octobre 2019 était mis en vente chez Christie’s le manuscrit autographe d’une lettre de Rimbaud à sa famille. La lettre était publiée le 5 octobre que seul un fac-similé de la lettre était connu. La publication complète du manuscrit permettait de révéler des variantes significatives.

 

Tout récemment cette lettre est remise en vente par les « Autographes des Siècles » au prix de 145000 euros alors qu’elle avait été adjugé le 7 octobre 2019 à 57500 euros. On est en droit de penser que le vendeur a réalisé que la lettre avait un caractère inédit pour trois pages. 

 

(La lettre du 18 novembre 1885 de Rimbaud à sa famille est connue. Elle comporte 4 pages. On connaissait un fac-similé de la première page. Mais c’est la première fois que le manuscrit autographe complet de la lettre est révélé à la vente Christie’s du 7 octobre. On peut observer des modifications qui présentent un intérêt. En effet, La Pléiade donne la retranscription selon Berrichon et l’édition Lefrère selon un manuscrit d’Isabelle Rimbaud. Les retranscriptions sont les mêmes ce qui prouve que Berrichon a suivi le texte communiqué par Isabelle Rimbaud et que les modifications ne sont pas de lui, mais bien de la soeur de Rimbaud. Voici des exemples relevés :
 
Page 2 : Isabelle remplace 25 000 francs par 25 000 francs de bénéfice. 
Page 4 : elle remplace la suite : chameaux, guides, etc, etc. Par chameaux, mulets, guides, etc, etc. 
Rajoutant le mot « mulets »
 
Elle supprime à la fin de la lettre : « Envoyez-moi ce que je demande, je vous prie. » 
 
Et la simple signature « Rimbaud » remplace celle du manuscrit « Arthur Rimbaud Hôtel de L’univers Aden ».
 
Le catalogue de la vente mentionne comme référence la notice que j’ai publiée sur Pierre Labatut dans le Dictionnaire Rimbaud. )
 

 

 

 

 

Sur le catalogue des « Autographes des siècles » on peut observer à la fin de la fiche de description de la lettre la mention suivante  :

Numériser 11 (2)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le catalogue en ligne des « Autographes des siècles » ne reproduit pas à la fin de la notice ce qui est indiqué dans le catalogue papier.

22 janvier 2021

Surprise : la lettre inconnue de Rimbaud dans Désir

Fin septembre 2018, un article de Frédéric Thomas attirait l’attention sur une lettre inédite de Rimbaud, datée du 16 avril 1974 et adressée au communard Jules Andrieu. Je rendais compte de cette découverte ici-même dès le 16 octobre. Sollers évoque longuement cette lettre dans son dernier roman Désir dans le chapitre intitulé « Surprise » (Gallimard, 2020, p. 117). Est-ce une surprise qu’il soit fait mention de la découverte de cette lettre dans le roman au moment même où Sollers l’écrit ? Non, bien sûr, puisque, au même titre que les écrits de l’Illuministe Saint-Martin et les Poésies d’Isidore Ducasse, les Illuminations de Rimbaud, présentes dès l’exergue (tiré de A une raison [1]) — « Un coup de ton doigt sur le tambour décharge tous les sons et commence la nouvelle harmonie » —, sont disséminées et relancées dans tout le texte tel un opéra fabuleux. Voici le chapitre de Désir que j’ai fait suivre de la lettre de Rimbaud et du commentaire précurseur de Frédéric Thomas. Ce dernier intervenait récemment sur France Culture dans le cadre d’une série consacrée à « Arthur Rimbaud à la croisée de la bibliothèque ». Le thème en était : « changer la vie ». Cela méritait quelques explications.

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Le Philosophe doit s’occuper à la fois de l’infini­ment grand, de l’infiniment petit, de l’infiniment long, de l’infiniment bref. Il y parvient, il veille, il devient un opéra fabuleux. Pour se reposer, il visite rapidement des scènes d’Histoire, et va jusqu’à pro­jeter d’écrire un livre, dont le titre serait L’Histoire révélée à elle-même, dans le style de La Bible enfin dévoi­lée. Il abandonne, puisque personne ne lit plus vrai­ment ce qui est à lire. Il préfère dormir en restant éveillé.

Une très surprenante lettre de Rimbaud a été découverte récemment, pendant l’écriture de ce livre. Adressée à un ancien communard, réfugié en Angleterre, elle est datée, à Londres, du 16 avril 1874. Rimbaud écrit qu’il veut entreprendre un ouvrage en plusieurs livraisons, intitulé L’Histoire splendide. Il s’agi­rait « d’une série indéfinie de morceaux de bravoure historique, commençant à n’importe quelles annales ou fables ou souvenirs très anciens... d’une archéologie ultra-romanesque suivant le drame de l’histoire, du mysticisme de chic, roulant toutes controverses, du poème en prose à la mode d’ici, des habiletés de nou­velliste aux points obscurs... ».

Dans son style précipité, Rimbaud évoque aussi bien la Grèce que l’époque romaine, sans oublier un angle africain. Il y aurait, pêle-mêle, « le décor des religions, les traits du droit, l’enharmonie des fatali­tés populaires exhibées avec les costumes et les paysages, le tout dévidé à des dates plus ou moins atroces, batailles, migrations, scènes révolutionnaires souvent un peu exotiques, sans forme jusqu’ici... D’ailleurs, l’affaire posée, je serai libre d’aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment, mais un plan est indispensable ».

Rimbaud attend donc de l’argent pour se lan­cer dans son entreprise, dont il précise qu’elle sera écrite en anglais. L’Histoire splendide sera enfin la véri­table Histoire, littéralement et dans tous les sens. En réalité, on peut en lire des passages entiers dans Illuminations, qu’il écrit chaque jour, en allant lire et écrire au British Museum. Il suffit, par exemple, d’ou­vrir Promontoire [2] :
« L’aube d’or et la soirée frissonnante trouvent notre brick au large, en face de cette villa et de ses dépen­dances, qui forment un promontoire aussi étendu que l’Épire et le Péloponnèse, ou que la grande île du Japon, ou que l’Arabie. »

Je me contente ici de souligner trois adverbes dans cette lettre sensationnelle de Rimbaud : mystiquement, vulgairement, savamment. Voilà le programme révolutionnaire pour une Histoire splendide enfin composée pour les siècles futurs. Verlaine, obsédé par le corps de Rimbaud, est peu doué pour l’Illuminisme, d’où l’invention absurde des « poètes maudits », sans parler de la fausse piste des « enluminures » (les « coloured plates ») pour parler d’Illuminations. Si vous avez appris qu’un Splendide Hôtel, incendié en 1872, se trouvait à Paris, au coin de la rue de la Paix et de l’avenue de l’Opéra, vous pouvez mieux lire ce passage d’Après le Déluge :
« Les caravanes partirent, et le Splendide Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuit du pôle... »
Cette vision n’a rien d’une« enluminure », et Verlaine aurait été bien incapable de la penser.

Les sanglots longs des violons de l’automne n’ont jamais blessé le cœur de Rimbaud d’une langueur monotone. Dans sa lettre londonienne de 1874, il est très explicite :
« Je sais comment on se pose en double-voyant pour la foule, qui ne s’occupa jamais de voir, qui n’a peut­ être pas besoin de voir. »
C’est sur ce double-voyant que Verlaine, exas­péré par la supériorité spirituelle de Rimbaud, a tiré un jour, au revolver, à Bruxelles. Rimbaud a retiré sa plainte à la police, et la mère de Verlaine a payé pour la publication d’Une saison en enfer. Rimbaud était aussi un homme d’affaires :
« À vendre les applications de calcul et les sauts d’harmonie inouïe, les trouvailles et les termes non soupçonnés, possession immédiate... »

Sollers poursuit dans le chapitre suivant qui s’appelle « ILLUMINATION » :

Rimbaud a-t-il rencontré le Philosophe Inconnu à Londres ? C’est probable. De l’Alchimie du Verbe aux Illuminations, il y a un saut énigmatique qui rayonne encore dans le temps profond. Cette lettre de 1874 vient de parvenir à son vrai destinataire à Paris, et qui pourrait la lire sinon lui ? Les phénomènes passent, il trouve les lois. Rien ne se perd, rien n’est jamais fini au paradis des mathématiques. Jésus et Laozi marchent calmement au bord d’un lac immense. Héraclite s’amuse avec des enfants, dans l’ombre de la cour du temple de Diane, à Éphèse. Mozart, dans une belle villa de Prague, chantonne dans sa chambre, et joue du piano.

Le Philosophe [Ici c’est le narrateur aux Identités Rapprochées Multiples qui parle] joue au ballon avec son fils de 8 ans, et c’est comme s’il avait lui-même 8 ans. Il lui apprend le langage de la forêt, le déchiffrement des cris d’oi­seaux, la science des vents, la bonne façon de nager sans peine. Il l’emmène souvent en bateau, et lui apprend la pêche...

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Reprise de mon article du 16 octobre 2018.

S’agit-il d’une nouvelle affabulation comme celle de La chasse spirituelle qui a fait coulé beaucoup d’encre [3] ? Une lettre inconnue de Rimbaud, datée d’avril 1874 à Londres, aurait été retrouvée dans les archives du communard Jules Andrieu, ancien collègue de Verlaine à l’Hôtel de Ville de Paris, journaliste, poète, érudit, en exil à Londres de 1871 à 1881.

 

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London, 16 April 74

Monsieur,

– Avec toutes excuses [5] sur la forme de ce qui suit, –

Je voudrais entreprendre un ouvrage en livraisons, avec titre : L’Histoire splendide [6]. Je réserve : le format ; la traduction, (anglaise d’abord) le style devant être négatif et l’étrangeté des détails et la (magnifique) perversion de l’ensemble ne devant affecter d’autre phraséologie [7] que celle possible pour la traduction immédiate : – Comme suite de ce boniment sommaire : Je prise [8] que l’éditeur ne peut se trouver que sur la présentation de deux ou trois morceaux hautement choisis. Faut-il des préparations dans le monde bibliographique, ou [9] dans le monde, pour cette entreprise, je ne sais pas ? – Enfin c’est peut-être une spéculation sur l’ignorance où l’on est maintenant de l’histoire, (le seul bazar moral qu’on n’exploite pas maintenant) – et ici principalement (m’a-t-on dit (?)) ils ne savent rien en histoire – et cette forme à [10] cette spéculation me semble assez dans leurs goûts littéraires – Pour terminer : je sais comment on se pose en double-voyant [11] pour la foule, qui ne s’occupa jamais à voir, qui n’a peut-être pas besoin de voir.

En peu de mots (!) une série indéfinie de morceaux de bravoure historique, commençant à n’importe quels annales ou fables ou souvenirs très anciens. Le vrai principe de ce noble travail est une réclame frappante ; la suite pédagogique de ces morceaux peut être aussi créée par des réclames en tête de la livraison, ou détachées. – Comme description, rappelez-vous les procédés de Salammbô : comme liaisons et explanations [12] mystiques, Quinet et Michelet : mieux [13]. Puis une archéologie ultrà-romanesque [14] suivant le drame de l’histoire ; du mysticisme de chic, roulant toutes controverses ; du poème en prose à la mode d’ici ; des habiletés de nouvelliste aux points obscurs. – Soyez prévenu que je n’ai en tête pas plus de panoramas, ni plus de curiosités historiques qu’à [15] un bachelier de quelques années – Je veux faire une affaire ici.

Monsieur, je sais ce que vous savez et comment vous savez : or je vous ouvre un [16] questionnaire, (ceci ressemble à une équation impossible), quel travail, de qui, peut être pris comme le plus ancien (latest) [17]) des commencements ? à une certaine date (ce doit être dans la suite) quelle chronologie universelle ? – Je crois que je ne dois bien prévoir que la partie ancienne ; le Moyen-âge et les temps modernes réservés ; hors cela que je n’ose prévoir – Voyez-vous quelles plus anciennes annales scientifiques ou fabuleuses je puis compulser ? Ensuite, quels travaux généraux ou partiels d’archéologie ou de chroniques ? Je finis en demandant quelle date de paix vous me donnez sur l’ensemble Grec Romain Africain. Voyons : il y aura illustrés en prose à la Doré, le décor des religions, les traits du droit, l’enharmonie [18] des fatalités populaires exhibées [19] avec les costumes et les paysages, – le tout pris et dévidé à des dates plus ou moins atroces : batailles, migrations, scènes révolutionnaires : souvent un peu exotiques, sans forme jusqu’ici dans les cours ou chez les fantaisistes. D’ailleurs, l’affaire posée, je serai libre d’aller mystiquement, ou vulgairement, ou savamment. Mais un plan est indispensable.

Quoique ce soit tout à fait industriel et que les heures destinées à la confection de cet ouvrage m’apparaissent méprisables, la composition ne laisse pas que de me sembler fort ardue. Ainsi je n’écris pas mes demandes de renseignements, une réponse vous gênerait plus ; je sollicite de vous une demi-heure de conversation, l’heure et le lieu s’il vous plait, sûr que vous avez saisi le plan et que nous l’expliquerons promptement – pour une forme inouïe et anglaise –

Réponse s’il vous plait. [20] [21]

Mes salutations respectueuses

Rimbaud

20 janvier 2021

Authentification d'une photographie supposée de Rimbaud au Yémen

Courant 2010 au Grand Palais, était dévoilée pour la première fois une photographie censée représenter Arthur Rimbaud à l'âge adulte. Mais certains observateurs restaient sceptiques face à la découverte, tandis que le plus célèbre cliché du poète nous étant parvenu nous dépeint un jeune homme et sa cravate de travers, alors âgé de 17 ans. Grâce à la science, et une étude biométrique plus précisément, la photographie datant du début des années 1880 a finalement été authentifiée à 98 %. L'honneur resterait sauf, pour ceux restés dubitatifs ?

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Crédits : Libraires associés

Ce sont deux libraires parisiens qui auraient mis la main sur cette photographie en 2010, avant d'affirmer que le second personnage en partant de la droite n'était autre que le poète Arthur Rimbaud. La nouvelle allait faire grand bruit, et diviser l'opinion avant que l'on ne découvre finalement quelques indices sur ces autres figurants qui posèrent sur le perron de l'hôtel de l'Univers, à Aden au Yémen.

Voilà que Brice Poreau, chercheur-enseignant associé au Laboratoire d'anthropologie anatomique et de paléontologie à l'université Claude-Bernard de Lyon, vient de partager sa propre hypothèse éclairée par la science. Selon lui, il serait fortement vraisemblable qu'il s'agisse bien d'Arthur Rimbaud sur la photographie. Il en est assuré à hauteur de 98 %. 

Son analyse s'est appuyée sur la biométrique de similarité, technique mise à profit en police scientifique. La photographie aura été comparée à cinq autres connues du poète, travail réalisé avec une précision de l'ordre du centième de millimètre. La longueur de chaque partie du visage ainsi que la distance les séparant, auront été mesurées. A raison de 36 mesures par photographie.

Au final, Brice Poreau aura relevé entre 85 et 92 % de similarité générale, un pourcentage qui serait élevé sur ce genre d'étude. Et chiffre qui monterait même au-dessus de la barre des 98 % lorsque le cliché est comparé avec la photo Carjat. Son verdict : « Ce résultat permet d'affirmer formellement que les deux portraits représentent la même personne, en l'occurrence Arthur Rimbaud.»

6 janvier 2021

A Roche sur les traces d'Arthur Rimbaud

Roche ou plutôt Chuffilly-Roche… petite commune posée sur un écrin de verdure dans le département des Ardennes. Perdu entre Vouziers et Attigny, entouré par des champs et des forêts, ce petit village compte aujourd’hui une centaine d’habitants. Pourtant ce lieu est connu dans les milieux littéraires car il a hébergé l’un de nos plus grands poètes : l’Homme aux semelles de vent, Arthur Rimbaud.

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Ci-contre, l’une des quatre sculptures réalisées par Eric Sléziak en 2004 à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance d’Arthur Rimbaud.

 

 

Arthur n’est pas né au village mais à Charleville le 20 octobre 1854. Ce n’est que bien plus tard, en 1878, que Vitalie Cuif, sa mère, prend l’initiative d’emménager dans la petite ferme familiale de Roche.

     

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La maison que vous pouvez voir sur ces photos n’est pas celle de la famille de Rimbaud. La ferme a été rasée par les allemands lorsqu’ils ont quitté le village lors de la Première Guerre mondiale. Celle-ci a été construite au même emplacement.

Elève extrêmement brillant, Rimbaud écrit ses premiers poèmes vers 15 ans. Epris de liberté, il s’accommode mal de la vie dans ses Ardennes natales et rêve de s’évader vers la Capitale. A plusieurs reprises, il fugue (voir le poème Ma Bohème par exemple) et finit par rejoindre Paris à la demande du poète Paul Verlaine avec qui il entretient une correspondance épistolaire.

Rimbaud se lance dans la vie bohème littéraire de son époque. Très rapidement, les deux hommes nouent une relation tumultueuse et destructrice. En 1872, Verlaine quitte son épouse et part avec Rimbaud vers l’Angleterre et la Belgique. Les deux hommes mènent une vie très agitée. C’est pourtant une période très riche sur le plan de la création littéraire pour les deux poètes.

Mais Arthur reviendra toujours vers Roche. C’est là qu’il va venir se réfugier à l’issue de son ultime dispute avec Verlaine à Bruxelles. Alors que Rimbaud veut le quitter, Verlaine, ivre, tire sur lui deux coups de revolver et le blesse au poignet. C’est là qu’il va s’attacher à la rédaction de son plus grand chef d’œuvre Une saison en Enfer dans lequel éclate toute sa maturité poétique. Ce sera malheureusement le dernier. A l’échec sentimental se conjugue l’échec artistique. Le jeune poète qui se voulait « voyant », qui rejetait les règles classiques de la poésie n’est pas parvenu à son but. A elle seule, la poésie ne peut révolutionner la vie et parce qu’il pense avoir accompli tout ce qui était en son pouvoir, il se résout à se taire définitivement à l’âge de 20 ans.

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Mi explorateur, mi commerçant, il passera la deuxième partie de sa vie à voyager à travers les pays étrangers. En 1891, il tombe gravement malade et se fait amputer d’une jambe. Il revient une dernière fois à Roche, ce lieu de refuge et de haine. Son état continue de se dégrader et il décide de repartir vers Marseille dans l’espoir d’embarquer pour Aden à la moindre amélioration. Le cancer qui le ronge aura raison de lui le 10 novembre 1891.

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Cette sculture est l’oeuvre de Paul Boers qui l’a érigé à la place du grenier où le poète aurait écrit Une Saison en Enfer.
« Les deux pierres dressées comme des menhirs rappellent l’origine celte du roi Arthur. Elles représentent aussi les deux routes empruntées par l’homme aux semelles de vent : vers la route européenne et la route africaine. Le monolithe central rappelle un sarcophage pharaonique de la Vallée des Rois, où Rimbaud s’est rendu et où son nom est resté gravé dans la pierre. Le monument montre au passant sa face la plus rugueuse : la vie n’est-elle pas rugueuse à étreindre? comme le notait Rimbaud. »
Paul Boers, extrait de la Revue « Terres Ardennaises », décembre 1991.

 

2 janvier 2021

Bibliographie de Claude Nicolas

 Voici une bibliographie des publications consacrées à Rimbaud par de Claude Jeancolas qui se veut la plus exhaustive possible.

Nous n'avons retenu que les livres traitant de Rimbaud ce qui constitue la majorité des écrits de Claude Jeancolas.  
Si toutefois il en manquait, veuillez-bien nous écrire pour que nous puissions compléter cette liste.
Un extrait de la fiche Wikipedia  :
C’est sous le titre « Le fou de Rimbaud » que Raphaël Sorin dans L'Express le présenta lors de la sortie en 1991 de son Dictionnaire Rimbaud. Une vocation tardive pourtant : à la suite d'un éditorial dans la revue Max qu’il dirigeait et où il avait repris une citation d’Arthur à son professeur Izambard, « Vous finirez comme un satisfait qui n'a rien fait, n'ayant rien voulu faire de votre vie », il reçut tant de courrier qu’il décida d’approfondir le sujet. Il y est toujours, publiant régulièrement ses découvertes. Sa vision de Rimbaud est très éloignée des clichés habituels du poète maudit. Pour lui, le poète est trop intelligent (le meilleur de sa classe) pour être incohérent. Ses poèmes ont toujours un sens, une logique, une mission. Rimbaud est un volontaire, obstiné. Il s’abandonne totalement à la poésie car il est certain qu’elle peut changer la vie. La "Saison en enfer" qui est une quête du salut, est aussi un essai d’écriture d’une nouvelle bible des temps modernes. La poésie n’est donc pas un but mais un moyen, un outil au service d’un idéal très spirituel et humaniste. Aussi quand il se trouve persuadé de son inefficacité, car elle est trop lente à ses espérances, il la rejette et passe à autre chose. La vision de Claude Jeancolas est très humaine et son Rimbaud avec ses rêves, ses doutes, ses colères, ses découragements et ses échecs se trouve proche des lecteurs ce qui explique le succès des publications de ce biographe auprès du grand public. Il a aussi, dans une biographie magistrale de Vitalie Rimbaud, réhabilité cette mère si décriée, démontrant l’amour fou qui l’attachait à ce fils préféré et en sens inverse la nécessité de cette mère pour que Rimbaud fut le génie que l’on connaît.
1991 
  • Les Voyages de Rimbaud, Balland, Paris, 1991


  • Le Dictionnaire Rimbaud, Balland, Paris, 1991
 1996
  • L’œuvre intégrale manuscrite de Rimbaud. Textuel. Paris

1997
  • Les Lettres manuscrites de Rimbaud. Textuel. Paris
1998
  • Lettres et poèmes de Rimbaud. L’auberge verte. Paris
  • Une saison en enfer de Rimbaud. Hachette. Paris
  • Passion Rimbaud. Textuel. Paris
1999
  • Poésies de Rimbaud. Éditions mille et une nuits. Paris

  • Rimbaud, la biographie. Flammarion. Paris


  • L’Afrique de Rimbaud. Textuel. Paris
2000
  • Rimbaud, l’œuvre. Textuel. Paris
2004
  • Vitalie Rimbaud, pour l’amour d’un fils. biographie. Flammarion

  • Rimbaud après Rimbaud, anthologie. Textuel. Paris
2005
  • Rimbaud, l'œuvre, la vie. Éditions France Loisirs

2007
  • Le regard bleu d’Arthur Rimbaud. Éditions FVW. Paris

2008
  • Le Retour à Tadjoura – l'Afrique secrète de Jean-François Deniau – FVW. Paris


2010
  • Rimbaudmania. L'éternité d'une icône. Éditions Textuel. Paris


  • Barr-Adjam   Alfred Bardey - préface de Claude Jeancolas    Éditeur : L’Archange Minotaure


     2012
  • Les Manuscrits de Rimbaud. Textuel. Paris

  • Le Nouveau dictionnaire Rimbaud. FVW édition. Paris
2014
  • Rimbaud l'Africain. Textuel. Paris

Deux images de l'exposition Rimbaudmania conçue par Claude Jeancolas
 
1 janvier 2021

Biographie

 

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Arthur Rimbaud à 17 ans. Poète français (Charleville 1854-Marseille 1891).

Adolescent rebelle, poète précoce et génial, Arthur Rimbaud est un phénomène de la littérature. Son abandon de la poésie à l’âge de vingt et un ans, puis sa disparition aux confins de l’Afrique et de l’Asie, ajoutent à l’attrait du personnage qu’il s’est créé et qui obsède l’époque moderne. Véritable « voyant » – suivant le terme qu’il a choisi – il exprime les vertiges de l’hallucination dans une langue audacieuse et pure, et apparaît comme un jalon essentiel entre romantisme et surréalisme.

FAMILLE

Père officier subalterne, mère d’origine paysanne. Les parents se séparent après la naissance de leur cinquième enfant. Arthur a un frère aîné (1853) et deux sœurs plus jeunes que lui (1858, 1860) – une troisième est morte à l’âge d’un mois (1857).

Un enfant difficile et brillant (1854-1871)

Arthur Rimbaud passe son enfance à Charleville, sous la surveillance d’une mère austère et exigeante. Il effectue de très bonnes études au collège de la ville, tout en se signalant par son goût de la révolte, notamment contre l’ordre social et la religion. L’attention de Georges Izambard, professeur de rhétorique, stimule ses premiers essais poétiques (« les Effarés », 1870 ; « le Dormeur du val », id.). Après plusieurs fugues, il renonce à se présenter au baccalauréat. Il aspire à se rendre à Paris pour assister aux suites de la guerre de 1870 et de la Commune, et débuter dans le milieu littéraire.

Les « Vilains bonshommes » (1871-1872)

Fort du contact qu’il a établi avec les poètes Théodore de Banville et Paul Verlaine, Rimbaud arrive dans la capitale (15 septembre 1871). Il y reçoit un accueil favorable et est admis au dîner des « Vilains Bonshommes », qui regroupe des écrivains et des artistes d’avant-garde. Sa maîtrise impressionne : avec le Bateau ivre (1871), le jeune poète semble déjà dominer l’esthétique de ses modèles. Toutefois sa personnalité provocante choque autour de lui. Il est finalement exclu du cercle et rentre provisoirement dans sa famille (printemps 1872).

Avec Paul Verlaine (1872-1873)

Revenu à Paris, Rimbaud part cette fois pour l’Angleterre puis la Belgique. Verlaine l’accompagne, avec lequel il a noué une liaison amoureuse. La vie vagabonde que mènent les deux hommes est riche d’impressions : Verlaine rassemble la matière de ses futures Romances sans paroles (1874), Rimbaud celle de ses Illuminations (1872-1875 ; publié en 1886). Mais des tensions apparaissent, jusqu’au drame du 10 juillet 1873 : à Bruxelles, Verlaine blesse son ami de deux coups de revolver.

Dernière saison poétique (1873-1875)

Dans la ferme familiale de Roche où il passe sa convalescence, Rimbaud rédige Une saison en enfer (1873), le seul de ses recueils qu’il fera publier. Puis il se rend de nouveau à Londres, et entreprend un voyage à Stuttgart pour apprendre l’allemand. C’est là qu’il revoit Verlaine – entre-temps sorti de prison – et lui remet le manuscrit des Illuminations qu’il vient d’achever (février 1875). En proie à des accès religieux, il gagne l’Italie, avant de rentrer une fois encore à Charleville.

Le trafiquant exotique (1875-1891)

Rimbaud se lance dans la carrière de soldat de l’armée hollandaise à Java (1876) puis dans celle d’employé de commerce à Aden (1880) et à Harar, en Abyssinie (à partir de 1881). L’existence qu’il mène, connue par la correspondance échangée avec sa famille, est hasardeuse. À partir de 1885, il se met à son compte dans un trafic d’armes qui semble prometteur. Une tumeur au genou l’oblige cependant à regagner l’Europe afin de s’y faire soigner : il meurt à Marseille quelques mois après y avoir débarqué.

3 janvier 2021

La vie d’Arthur Rimbaud, ou l’anatomie d’une autodestruction.

écrit par Victor Pascal 27 janvier 2013 01:51

Un beau matin de l’année 1854, le 20 Octobre plus précisément, naît Jean Nicolas Arthur Rimbaud ou l’ « Homme aux semelles de vent », de Frédéric Rimbaud et Marie Catherine Vitalie Cuif. Le jeune homme, dès son plus jeune âge, s’illustre par ses succès scolaires et son caractère rebelle – il écrit, alors âgé de 7 ans, « A mort dieu ! » sur un mur d’église. Alors que ses réussites semblent lui promettre un avenir radieux, son professeur de quatrième, M. Perette, pressent déjà toute la complexité du garçon  : « Il finira mal. En tout cas, rien de banal ne germera dans sa tête : ce sera le génie du Bien ou du Mal. »

A 16 ans, Rimbaud commet sa première fugue. L’année suivante, en 1871, lors d’une nouvelle escapade, il fait la connaissance à Paris de Paul Verlaine à qui il avait envoyé ses poèmes. Ce dernier, de dix ans son aîné, lui avait alors adressé l’invitation suivante : « Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend« . Aussitôt Rimbaud accourt, avec, pour tout bagage, quelques poèmes et son talent. En octobre 1871, lors du premier dîner des parnassiens, auquel il est convié, il fait la lecture de son Bateau Ivre. Le « nourrisson des muses » fascine, enchante et soulève l’enthousiasme de la communauté des poètes parisiens. Pourtant en quelques mois, le jeune poète passe de mode, et devient même la bête noire des artistes de Saint-Germain des Près, lassés de son orgueil, de son mépris et de son insolence.

 

                                                                                                                                                                                  Rimbaud âgé de 17 ans, photographié par Carjat

 

Puis à l’âge de vingt ans, Rimbaud , qui a publié deux ans auparavant Une saison en enfer, dit « Adieu » à la poésie. Il multiplie alors les voyages, les errances, et part chercher une improbable fortune en Abyssinie. Lorsqu’il meurt, atteint d’une tumeur cancéreuse au genou, en 1891, à l’âge de trente-sept ans , il semble avoir oublié son génie, et le peu de ceux qui l’entourent également.

« Le malheur a été mon dieu« , écrivait-il dans Une saison en enfer. Ce bouillonnement intérieur, cette tempête faisant rage dans ce crâne abîmé, l’a suivi depuis l’éveil de ses sens et de sa conscience, et l’a conduit dans les strates les plus profondes de l’esprit humain. Toute sa vie, ce malheur, causé par le saisissement d’une réalité infernale, l’a poursuivi jusqu’à sa mort – on peut le remarquer grâce aux correspondances qu’il a entretenues. Grâce au « dérèglement des sens » qu’il opérait à travers alcools, haschisch ou expériences sexuelles débridées, le jeune homme brillant est passé de modèle à fauteur de troubles. Se refusant « courbettes » et « génuflexions » aux normes sociétales, cherchant un épanouissement avec pour seul objectif se déclarer « voyant » et tirer la substance de son âme à travers la poésie, le but final de Rimbaud semble avoir été de débusquer le sens profond d’une réalité décevante et affreusement dérisoire.

 

 

Toute son œuvre, Arthur Rimbaud l’a écrite en six ans, entre l’âge de quinze et de vingt et un ans, puis il s’est tu à jamais. Ce silence, devenu mythe, ce mutisme poétique et quotidien reflète sans aucun doute l’impossibilité ou le renoncement d’un poète torturé à communiquer ses sentiments et ressentis. En six ans, c’est comme si toute l’absurdité de l’existence lui était apparue dans sa poésie, une vérité saisie entre deux bouteilles d’eau de vie à la Alfred Jarry, de nombreux épisodes délirants marqué de jeux avec sa propre matière fécale, ou autres provocations obscènes et blessantes vis à vis de ses pairs. Cet arrêt de l’écriture, soudain et pressenti dans sa poésie éclatante d’immaturité, signifie simplement le renoncement d’expliquer le schéma d’une existence illusoire, et également l’impossibilité de démontrer l’inexplicable à l’aide d’un outil si personnel qu’est la poésie. En six ans, Rimbaud a ouvert tant de portes tellement larges sur la présence d’une réalité enfouie dans celle que l’on perçoit, qu’il arrive parfois que l’on doute de leur légitimité. Mais ses écrits demeurent, et nous rappellent à chaque instant la complexité de la vie qui fourmille dans nos corps, et le paradoxe de l’existence, miracle passé dans une prison sans gardien ni barreaux.

A-t-il saisi ce qu’il voulait saisir ? A-t-il eu la vision du sens profond de ce qui l’entourait ? Ce jeune homme a-t-il, seul, compris la vie ? La réponse à ces questions figure dans ses poèmes, et chacun peut y voir ce qu’il désire appréhender : la réalité d’une strate supérieure au prosaïsme du monde, ou sa dimension purement illusoire. « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir. » a écrit un jour Schopenhauer : Arthur Rimbaud était ces deux tireurs.

 

    Autoportrait en pied de Rimbaud à Harar, « dans un jardin de bananes », en 1883.

 

Son autodestruction, chérie et souhaitée, ne fut-elle pas une étape obligatoire dans l’affirmation de son talent ? La souffrance qu’il s’est infligée, avec laquelle il se mutilait en écrivant sur ce qui germait en lui, n’était-elle pas nécessaire pour entrevoir l’invisible ? Rimbaud incarne une génération artistique, et peut-être même humaine. Les tabous, ou plutôt verrous, imposés par les normes des sociétés occidentales furent explosés par la volonté du poète, et ce besoin irrépressible d’expérimenter les facettes de l’existence, bien trop précieuse et courte pour passer à côté. Ceci n’est que l’avis d’un humble jeune homme – et qui n’engage que lui, mais il semble à mes yeux que son autodestruction et l’anéantissement de son talent incarne paradoxalement son génie. Selon Nietzsche, « Il faut du chaos en soi-même pour accoucher d’une étoile qui danse. »; mourir, se tuer pour essayer de vivre, ne voilà pas la seule façon de se sentir vivant lorsque la réalité n’est plus suffisante ? La renaissance, ou plutôt la naissance, voilà en fait ce qu’était le véritable objectif de Rimbaud : naître spirituellement et métaphysiquement pour pallier à une naissance physique et matérielle sans grand intérêt. Ses dernier vers et sa prose en général laisse penser que cette tentative d’accouchement fut vaine; il reste seulement à espérer que ce grand personnage de la poésie française réussit à percevoir ce qui l’obsédait tant.

 

                                                                                                                                                                       Rimbaud à la mi-décembre 1875, rasé, par Ernest Delahaye.

 

 

« Oisive jeunesse

A tout asservie,

Par délicatesse

J’ai perdu ma vie. »

Derniers Vers (1872), Fêtes de la patience, Chanson de la plus haute tour

27 février 2024

Un don important pour le musée de Charleville

Un particulier a acquis, le 8 Décembre à Paris, (lors de la vente aux enchères de "L'Eternité"), plusieurs lettres et documents rares, moyennant 280 000 euros. Il vient d'en faire don à la ville natale d'Arthur Rimbaud. 

Le don comprend notamment le poème Ce qui retient Nina recopié et signé Arthur Rimbaud de la main de Paul Verlaine.

Mise à jour du 17 Février : le mystérieux donateur est l'entrepreneur ardennais Pascal Urano. 

 

29 décembre 2021

Rimbaud et la métaphysique

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Rimbaud et la métaphysique

 

Tout récemment une sonde a été envoyée dans l’espace pour étudier le mystère de l’origine de l’univers.

De tout temps les hommes ont observé le ciel, la lune le soleil et les étoiles. À la fin du 19e siècle on commençait à connaître la situation de la planète terre dans l’espace. À cette époque l’astronome Camille Flammarion avait publié de nombreux ouvrages sur ce sujet. Rimbaud fut sensible assez tôt au mystère de l’univers comme le montrent les vers de Credo in Unam envoyés à Banville le 14 mai 1870, mais écrits le 29 avril 1870 :

 

Pourquoi l'azur muet et l'espace insondable ?
Pourquoi les astres d'or fourmillant comme un sable ?
Si l'on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l'horreur de l'espace ?
Et tous ces mondes-là, que l'éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d'une éternelle voix ?
— Et l'Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu'un rêve ?
Si l'homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D'où vient-il ? Sombre-t-il dans l'Océan profond
Des Germes, des Fœtus, des Embryons, au fond
De l'immense Creuset d'où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?...

Nous ne pouvons savoir ! — Nous sommes accablés
D'un manteau d'ignorance et d'étroites chimères !
Singes d'hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l'infini !

Ces idées n’étaient peut-être pas complètement originales, mais n’oublions pas que Rimbaud n’a que 15 ans quand il écrit ce poème.

Cependant un an plus tard quand le génie du poète explose une idée profondément originale surgit. Ce n’est plus le mystère de l’univers mais le mystère de l’âme que Rimbaud décide d’explorer : « La première étude de l'homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l'inspecte, il la tente, l'apprend. Dès qu'il la sait, il doit la cultiver ; Cela semble simple : en tout cerveau s'accomplit un développement naturel ; tant d'égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d'autres qui s'attribuent leur progrès intellectuel ! — Mais il s'agit de faire l'âme monstrueuse : à l'instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s'implantant et se cultivant des verrues sur le visage. »

 Il ne s’agit plus ici d’explorer l’univers, mais d’explorer l’âme humaine et de tenter de la sonder. L’idée profonde et nouvelle tient dans cette remarquable formule : « Je est un autre ». Pour Rimbaud il faut avoir du « moi » de l’individu une autre vision. Il estime que nous ne sommes pas les auteurs de notre pensée et ceci mérite une explication. Pour Rimbaud notre pensée est le résultat de toutes les autres, de ce que l’on a lu ; et ce que nous pensons est le fruit d’idées collectives qui sont dans l’air du temps. Un homme quelconque n’a pas d’idées originales. Mais le poète arrive à l’inconnu par un travail sur lui-même. Il cultive une âme « déjà riche plus qu’aucun ».

Pour le dire autrement, l’âme est le miroir inversé du monde extérieur. Elle est insondable elle aussi. On peut concevoir le mystère de la vie en observant le monde extérieur, l’univers infini ; mais le monde intérieur est aussi mystérieux. Chaque être humain observe le monde à travers ces deux mondes. Le profond mystère de l’être est là. Il appartient aux scientifiques de l’étudier, mais des poètes comme Rimbaud ont aussi leur mot à dire. Rimbaud a cru un moment être un Dieu. Il a pensé qu’il allait découvrir un grand secret. Mais cela n’a pas duré. Il s’est opéré vivant de la poésie comme l’a dit Mallarmé. Il avait cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Il se rendra au sol avec une réalité rugueuse à étreindre.

18 janvier 2021

Dégoût et plaisir

Rimbaud a exprimé à plusieurs reprises sa désillusion à propos de la vie qu’il menait. Pourtant son opinion, même lorsqu’il exprime son abattement, est ambivalente :

En mai 1883 il écrit à sa famille :

« Pour moi, je regrette de ne pas être marié et avoir une famille. Mais à présent, je suis condamné à errer, attaché à une entreprise lointaine, et tous les jours je perds le goût pour le climat et les manières de vivre et même la langue de l’Europe. Hélas ! à quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues et ces aventures chez des races étranges, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom, si je ne sais pas un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près et trouver une famille (…) Mais qui sait combien peuvent durer mes jours dans ces montagnes-ci ? »

Ou encore : « Ceux qui répètent que la vie est dure devraient passer ici quelque temps pour leur apprendre la philosophie » (à sa famille, janvier 1886).

 Depuis Le Caire, en août 1887, après sa pénible et infructueuse expédition du Choa il écrit : « … je ne puis aller en Europe pour bien des raisons. D’abord je mourrais l’hiver; ensuite,  je suis trop habitué à la vie errante, libre et gratuite ; enfin je n’ai pas de position. Je dois donc passer le reste de mes jours à errer dans les fatigues et les privations avec l’unique perspective de mourir à la peine».

 Mais, même si Rimbaud est très critique sur la vie qu’il mène dans les régions de la Mer Rouge, il exprime à plusieurs reprises à sa famille qu’il n’envisage pas de revenir en France – d’ailleurs le climat, surtout l’hiver, ne lui convient pas.

 Interrogés par Victor Segalen, médecin de la marine et poète, vers 1906, de passage dans les ports de la Mer Rouge, des gens qui avaient connu Rimbaud lui disaient que s’il souhaitait [parfois] revenir en France, c’était seulement pour sa sœur : « Il n’aimait en France absolument que sa sœur ».

 Enfin, au moment où cette vie, qui lui paraissait si dure et décourageante, lui échappe, sur son lit d’hôpital à Marseille, en juillet 1891, il dit à sa famille: « Où sont les courses à travers monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers ? »

 

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Arrivée d'une caravane, Aden - carte postale, début du 20 ème siècle.

Le timbre (de l'Inde anglaise) permet de dater la carte de l'époque du roi Edouard VII (1901-1910) bien qu'il ait pu être utilisé postérieurement.

Le bâtiment représenté est l'Hôtel de l'Europe.

Site Tabsir. net, Insight on Islam and the Middle East. Ce site présente plusieurs cartes postales anciennes d'Aden.

http://tabsir.net/?p=2188

12 juillet 2021

Décès de Yann Frémy

Yann Frémy bien connu des spécialistes de Rimbaud est décédé à Strasbourg le 5 juillet 2021 à l’âge de 49 ans.

Il avait soutenu sa thèse : L'énergie poétique : "Une saison en enfer" d'Arthur Rimbaud, en 2003 sous la direction du regretté Alain Buisine. Cette thèse a donné lieu à une publication en 2009 par  les éditions Classiques Garnier : « Te voilà, c'est la force ». Il était d’ailleurs devenu un spécialiste reconnu d’Une Saison en enfer. Ses nombreuses publications, interventions radiophoniques, vidéos peuvent être consultées sur le site du CERIEL. Sa carrière universitaire se déroulait à l’Université de Strasbourg où l’on devait lui confier à la rentrée une nouvelle charge d’enseignement. 

 La célébration des funérailles aura lieu le mardi 13 juillet 2021 à 10 heures 30, en l’église Saint-Martin de Noyelles-Godault.

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Docteur ès lettres

Agrégé de lettres modernes

 

Activités

2004-2015 - Ancien co-rédacteur en chef de Parade sauvage, revue d’études rimbaldiennes (Éditions Classiques Garnier)

2011-2016 Ancien co-rédacteur en chef de la Revue Verlaine (Éditions Classiques Garnier)

2006-2012  Co-directeur du séminaire annuel « Verlaine/Rimbaud » (organisé à l’Université Paris III-Sorbonne nouvelle et à l’Université Paris IV-Sorbonne)

Éditions

Rimbaud et Verlaine, Un concert d'enfers. Vies et poésies, Édition de Solenn Dupas, Yann Frémy et Henri Scepi, Gallimard, coll. « Quarto », 2017

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Dictionnaire

Dictionnaire Rimbaud, sous la direction de Yann Frémy, Alain Vaillant et Adrien Cavallaro, Classiques Garnier, 2021, 888 p.

  

Ouvrages individuels

« Te voilà, c’est la force ». Essai sur Une saison en enfer de Rimbaud, Éditions Classiques Garnier, 2009.

Verlaine. La parole ou l’oubli, Academia, coll. Sefar, n° 5, 2013.

Mémoires inquiètes. De Rimbaud à Ernaux, Academia, coll. Sefar, n° 7, 2014.

Soleil froid et autres nouvelles, Louvain La Neuve, Éditions Academia/L'Harmattan, 2016.

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Direction d’ouvrages

« Forces de Verlaine », textes réunis par Yann Frémy, Revue des Sciences Humaines, janvier-mars 2007.

« Je m’évade ! Je m’explique ». Résistances d’Une saison en enfer, études réunies par Yann Frémy, Éditions Classiques Garnier, 2010.

« Énigmes d’Une saison en enfer », études réunies par Yann Frémy, Revue des Sciences Humaines, janvier-mars 2014.

Rimbaud le Voyant ?, sous la direction de Yann Frémy, Francofonia, studi et ricerche sulle letterature di lingua francese, n° 72, Printemps / Primavera 2017.

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Émissions radiophoniques

19 mars 2018 : « Rimbaud philosophe. Vivre en enfer », entretien avec Adèle Van Reeth sur France Culture

Mars 2017 : « Arthur Rimbaud confession incandescente », entretien avec Jean-François Cadet sur RFI

Avril 2015 : « L’ivresse poétique : Rimbaud », entretien avec Adèle Van Reeth sur France culture.

Avril 2011 : « Faut-il être absolument moderne ? », entretien avec Raphaël Enthoven sur France Culture.

Avril 2009 : Interview with Yann Frémy about Rimbaud and Verlaine (French), Poet in the City, Londres.

Vidéos

Yann Frémy, « Il faut être absolument moderne : littéralement et dans tous les sens », communication présentée à l'Ecole Nationale supérieure de Lyon, Colloque : « Moderne / Modernisme. Qu’est-ce que la modernité en art ? » des 25 et 26 septembre 2019.

 

 

Journées d'études

Juin 2016 : « Questions d’herméneutique rimbaldienne », journée d’études organisée par Yann Frémy et Alain Vaillant avec le soutien de L’équipe PHisTeM (Poétique historique des textes modernes) du CSLF de l’université Paris Ouest, en partenariat avec la Maison de Chateaubriand.

Articles récents

« La forme et la matière. Sartre à la recherche de Rimbaud », in Rimbaud, Verlaine et zut. À la mémoire
de Jean-Jacques Lefrère, 2019, p. 239-255.

« Rimbaud, entre Matthieu, Michelet et la cathédrale de Strasbourg », in Le Chemin des correspondances et le champ poétique - À la mémoire de Michael Pakenham, sous la direction de Steve Murphy,Classiques Garnier, 2016.

« Fantaisie des masques & masques de la fantaisie chez Musset », Acta fabula, vol. 15, n° 9, Notes de lecture, Novembre 2014, URL : www.fabula.org/revue/document8958.php

« La force de l'archive », La Nouvelle Quinzaine Littéraire, n°1112, septembre 2014.

« Du déjà-vu et du déjà-là dans Nuit de l’enfer », Revue des Sciences Humaines, numéro consacré à Rimbaud, éd. Yann Frémy, n°313, 1/2014.

« Verlaine et les “voix d’Autrui” dans les Ariettes oubliées », Revue Verlaine, n°11, Classiques Garnier, 2013

« Les sophismes magiques dans Délires II. Alchimie du verbe », Magie et magies dans la littérature et les arts du XIXe siècle français, Presses Universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2013.

« Mélancolie de Le Clézio : Rimbaud ou le personnage voyou de La Quarantaine », Cahiers le Clézio, n°5, 2012.

« La liberté dans le salut : un projet fondamental de Rimbaud », in Rimbaud « littéralement et dans tous les sens ». Hommage à Gérard Martin et Alain Tourneux, Classiques Garnier, 2012.

« Verlaine en train (de quoi ?). Essence et ironie dans Notes de nuit jetées en chemin de fer », Plaisance, revista di linguae letteratura francese moderna et contemporanea, n°23, 2011.

« Le dossier de genèse d’Une saison en enfer : pour un élargissement du corpus », in « Je m’évade ! Je m’explique ». Résistances d’Une saison en enfer, études réunies par Yann Frémy, Éditions Classiques Garnier, 2010

« L’inquiétude dans les Rythmes pittoresques de Marie Krysinska », Marie Krysinska. Innovations poétiques et combats littéraires, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2010.

« Rimbaud, entre Jean et d’Holbach. La genèse des Proses évangéliques », Europe, n°966, octobre 2009.

« Une saison en enfer, champ de forces », Magazine littéraire, septembre 2009.

« Toutes les formes de folie…  : enquête sur Une saison en enfer », Lectures de Poésies et d’Une saison en enfer de Rimbaud, Presses Universitaires de Rennes, 2009.

« Verlaine, entre Rimbaud et Longfellow : au sujet de la troisième ariette oubliée », Verlaine : reprises, parodies, stratégies, 2007, publié dans la rubrique « Colloques en ligne ». sur : www.fabula.org

« La cinquième ariette oubliée, entre mémoire et absence », Lectures de Verlaine : Poèmes saturniens, Fêtes galantes, Romances sans paroles, Presses Universitaires de Rennes, 2007.

« La Mort Verlaine : à propos de la section ‘Lucien Létinois’ dans Amour », Europe, avril 2007.

« L’urgence de la pensée : au sujet de La Bonne Chanson, VII », in Forces de Verlaine, textes réunis par Yann Frémy, Revue des Sciences Humaines, janvier-mars 2007.

 

Communications à des colloques et à des journées d’études 

Communication intitulée  «Images de Verlaine », présentée à l’Université Paris 13, le 29 mars 2016.  

Communication intitulée « Verlaine et les voix d’Autrui », présentée à l'Ecole Nationale Supérieure des Mines à l'invitation de l'UPLS (Union des Professeurs enseignant les disciplines Littéraires dans les classes préparatoires Scientifiques) dans le cadre du programme des classes préparatoires scientifiques : « La parole ». 24 novembre 2012.

Communication consacrée à Verlaine au Palais du Sénat à Paris, le 19 mai 2012.

Communication intitulée  «Verlaine’s relationship with History and the notion of spleen », dans le cadre de la soirée d’études Rimbaud/Verlaine organisée par Poet in the City à Londres le 27 avril 2009, suivie d’une table ronde avec Graham Robb, Martin Sorrell, Dominique Combe et Yann Frémy.

« L’inquiétude dans les Rythmes Pittoresques », dans le cadre du colloque international « Marie Krysinska (1857-1908) », organisé le 14 et 15 novembre 2008 par Seth Whidden à la Bibliothèque Polonaise de Paris.

Communication intitulée « Une poétique de la force contrariée : analyse textuelle de la quatrième section de Mauvais sang », dans le cadre de la journée d’études Verlaine/Rimbaud, organisée le 15 mars 2008 par Yann Frémy et Seth Whidden à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Communication intitulée « Verlaine, entre Rimbaud et Longfellow : au sujet de la troisième ariette oubliée », dans le cadre de la journée d’études Verlaine : reprises, parodies, stratégies organisée  le 6 décembre 2007 par Eléonore Reverzy au Palais Universitaire de Strasbourg.

Communication intitulée « Toutes les formes de folie : matériaux pour l’exégèse d’Une saison en enfer », dans le cadre de la journée d’études Verlaine/Rimbaud, organisée le 11 mars 2006 par Yann Frémy et Seth Whidden à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Communication intitulée « Géographie et anomie dans Une saison en enfer », dans le cadre du colloque, Rimbaud : géographie et poésie, organisé par Pierre Brunel les 22 et 23 octobre 2004 à l’Université Paris-Sorbonne.

Communication intitulée « La lettre à Delahaye de mai 1873 : vers une poétique de l’Enfer », dans le cadre du colloque, Vies et poétiques de Rimbaud, organisé par Steve Murphy à Charleville-Mézières du 16 au 19 septembre 2004 à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la naissance du poète.

Communication intitulée « L’urgence de la pensée : au sujet de La Bonne Chanson, VII », dans le cadre de la troisième journée du Séminaire Verlaine/Rimbaud qui s’est déroulée le 28 juin 2003 à l’Université Paris IV-Sorbonne.

Communication intitulée « L’éthique de Rimbaud » présentée le 4 janvier 2003 au Procope, à l’invitation des Amis de Rimbaud.

Communication  intitulée « La lettre du 24 mai 1870 : une multiplicité de contextes », dans le cadre du colloque, Rimbaud : textes et contextes d’une révolution poétique, organisé par Steve Murphy à Charleville-Mézières du 13 au 15 septembre 2002.

 

14 août 2021

« L’hypothèse la plus vraisemblable … »

Sur la pagination de la partie du manuscrit des Illuminations
hébergée à la BnF sous la cote Nafr 14123.

 

Dans son entrée « Illuminations » (« Manuscrits ») du Dictionnaire Rimbaud, comme je l'ai fait remarquer dans mon compte rendu [1], Michel Murat ne discute pas l'argument n°1 en faveur d'une pagination auctoriale des Illuminations [2], celui qui, personnellement, entraîne mon adhésion à cette thèse : l'argument fondé sur le processus de constitution de la série Veillées. La question du feuillet 18 ! J'y reviens ici, plus longuement.

 

[1] Dictionnaire Rimbaud - Deux synthèses capitales sur Les Illuminations - I / « Manuscrits » par Michel Murat

[2] la partie paginée des Illuminations, qui ne représente en volume que les deux premiers tiers du recueil, tel que nous le lisons dans les éditions actuelles.

 

Qui a paginé les 24 premiers folios des Illuminations ? Dans sa notice, Michel Murat écrit : Nous entrons ici dans les conjectures : peut-être [les premiers éditeurs] ont-ils simplement paginé (ou fait paginer, l’imprimeur repassant à l’encre) les feuillets dans l’ordre où ils les ont trouvés. C’est l’hypothèse la plus vraisemblable. En dépit des prudences d’expression (« conjectures », « hypothèse », « peut-être »), de rigueur en pareil cas, l'auteur adopte une position tranchée, dans un débat dont il veut par ailleurs minimiser l'importance : La question du classement est plus importante que celle de la numérotation, qui n’est que la matérialisation d’un ordre. Sans doute ! Sans doute ! J’irais même jusqu’à dire que nous n’avons pas besoin d’une pagination autographe prouvée pour observer dans l’enchaînement des textes tels qu’ils nous sont parvenus ce que Murat appelle « un travail d’organisation dû à Rimbaud ». Mais on conviendra qu'une attribution à Rimbaud de la pagination du manuscrit, scientifiquement fondée, validerait opportunément une approche critique des Illuminations comme recueil, et recueil composé. La question de la numérotation n'est donc pas secondaire. Et pour autant qu’on la juge difficilement soluble, elle reste posée. C'est pourquoi Michel Murat a raison, dans son article, de faire brièvement le point sur la graphie des chiffres.

Trois mains ?

Il offre sur cette question de fines observations et avance des hypothèses que je me reproche de n'avoir pas signalées et discutées dans mon précédent compte rendu : Il y a peut-être deux mains différentes, comme le montrent les formes du 1 (f° 1 formant un angle que prolonge le trait vertical, f° 10 et suivants marqués d’un simple trait vertical) et du 7 (f°7 avec barre transversale à l’encre, sur un chiffre au crayon non barré; f° 17 non barré) ; peut-être même trois, car le 8 du f° 8 et celui du f° 18 ne sont pas tracés du même geste. Murat observe que plusieurs des chiffres repassés à l’encre des ff. 1 à 9 sont d’une graphie distincte de celle des chiffres au crayon correspondants. Il mentionne le « 1 » et le « 7 ». Il aurait pu ajouter à la liste le « 2 » et le « 4 ». Le joli « 2 » à l'encre du f°2, au dessin bien articulé, n'a rien à voir avec les « 2 » au tracé mou et relâché que l'on peut observer sur les ff. 20 à 24. Le « 4 » repassé à l’encre est d’un seul geste tandis que les « 4 » au crayon des ff. 14 et 24 sont dessinés en deux temps (d’abord la partie angulaire, puis la barre verticale). J’en conclus, comme Michel Murat, sans doute, que la personne qui a repassé à l’encre les pages 1 à 9 n’est pas celle qui a paginé au crayon l’ensemble de Nafr 14123. Quand à la « troisième main », regardons-y tout de même de plus près. Il est de fait que « le 8 du f° 8 et celui du f° 18 ne sont pas tracés du même geste ». Cela tend à prouver, en effet, que la personne ayant surchargé à l'encre les numéros 1 à 9 n'est pas celle qui a tracé directement à l'encre le « 18 » du f° 18. Ni d'ailleurs, par voie de conséquence, le « 12 » du f° 12, car les ff. 18 et 12 sont des feuillets jumeaux, dont les numéros de page ont été visiblement inscrits par la même personne. Or, donc, en suivant l'hypothèse de Michel Murat, il faudrait imputer les paginations directes à l'encre des ff. 12 et 18 à une tierce personne. Mais pourquoi ne pas les attribuer, tout simplement, à qui a paginé au crayon l'ensemble du manuscrit ?

En effet, observons un à un les chiffres concernés :

le « 1 » de « 12 » et de « 18 ». Comme Michel Murat l'a fort justement noté, les « 1 » au crayon des f° 10 et suivants, très différents du « 1 » à l'encre du f°1, sont marqués d’un simple trait vertical : c'est aussi le cas des « 1 » du f° 12 et du f° 18.

le « 2 » de « 12 ». Le « 2 » tracé directement à l'encre du nombre « 12 », très différent du 2 à l'encre du f° 2 comme nous l'avons vu plus haut, se montre par contre tout à fait identique à ceux des ff. 20 à 24 (qui ressemblent eux-mêmes comme des frères, par leur tracé mou, peu articulé, à la majorité des 2 rimbaldiens [3] ).

[3] Cf. Les "chiffres non rimbaldiens", le folio 18 et la pagination des Illuminations.

le « 8 » de « 18 ». Il n'y a pas d'autre « 8 » à quoi on puisse le comparer parmi les 24 feuillets numérotés des Illuminations que celui du folio 8, qui est repassé à l'encre, mais qui laisse entrevoir le chiffre au crayon ayant précédé. J'en donne ci-dessous une image agrandie :

le_8_du_folio_8_cor

 

Le chiffre surchargé ne se voit pas très bien, mais il semble que la boucle supérieure de ce 8 ne soit pas d'un seul tenant. On se demande s'il n'y a pas eu là dans un premier temps un 8 à boucle supérieure ouverte comparable au 8 du n°18 (dont j'ai pu montrer jadis, dans la page de ce site mentionnée en note [3], qu'on le rencontre couramment sous la plume de Rimbaud) :

 

18

 

Il y a donc une alternative possible, toute simple, à l'hypothèse d'une troisième main, c'est que les numéros de page, tracés directement à l'encre, des ff. 18 et 12 soient de la main de la personne qui a paginé au crayon l'ensemble du manuscrit. Ajoutons à cela que Rimbaud pratique généralement dans ses écrits le « 7 » non barré. Or, comme Michel Murat le signale, le « 7 » avec barre transversale à l’encre du f° 7 surcharge un 7 au crayon non barré, semblable en cela au 7 du f° 17 ... et à la quasi totalité des 7 observables dans les écrits de Rimbaud.

 

Conclusions :

1) Deux « mains » seulement sont intervenues dans la numérotation des 24 folios paginés de Nafr 14123. « L'hypothèse la plus vraisemblable », c'est que le f° 18 et le f° 12 ont été numérotés directement à l'encre par la personne même qui a numéroté au crayon l'ensemble des 22 autres pages.

2) Rien n'interdit de penser, a priori, que cette personne ait pu être Rimbaud, contrairement à ce qui a été parfois écrit. Naturellement, le fait que les chiffres tracés au crayon et ceux tracés à l'encre des ff. 12 et 18 soient rimbaldo-compatibles ne suffit pas à prouver qu'ils aient été tracés de la main de Rimbaud. Mais, s'agissant ici de « conjectures », plus ou moins « vraisemblables » ... en voici une, qui n'est pas à négliger.

3) Quant au repassage à l'encre des numéros 1 à 9, comme Jacques Bienvenu et David Ducoffre l'ont expliqué, il a été très probablement exécuté en 1886 par le préparateur du n°5 de La Vogue [4]. Mais il est temps d'élargir la problématique et d'en venir à la question de fond.

9 novembre 2021

Rimbaud et Salammbô

 

salammbo

 Le Mucem à Marseille propose en ce moment une remarquable exposition sur Salammbô, le célèbre  roman de Flaubert. On y montre quelle fut l’influence de ce roman sur les écrivains et artistes en y dévoilant notamment des oeuvres picturales inspirées par Salammbô.

 Rappelons que le roman de Flaubert se situe trois siècles avant JC. C’est un ouvrage qui plongeait les lecteurs dans un monde qu’ils ne connaissaient pas et qui est  loin de celui de Madame Bovary. Flaubert dit avoir voulu fixer un mirage. La scène se place principalement à Carthage. Flaubert reconstitue cette ville dont il n’avait que des connaissances archéologiques. Les scènes qu’il décrit sont celles de batailles d’une très grande violence où les corps sont déchiquetés où les cadavres abondent. Certaines descriptions sont atroces. 

 

Il se trouve que la dernière lettre de Rimbaud récemment révélée nous plonge dans l’univers du  livre de Flaubert.

 Dans cette lettre à Jules Andrieu, Rimbaud explique qu’il a en tête un ouvrage historique qui se situe à une date très ancienne. Il veut compulser des travaux d’archéologie. Il demande à Andrieu une date de paix sur l’ensemble Grec-Romain-Africain. Il pense à des illustrations  et il précise : « dates plus ou moins atroces : batailles migrations, scènes révolutionnaires : souvent un peu exotiques ». Exotique : c’est bien ce que Flaubert a voulu faire dans son ouvrage : dépayser ses lecteurs.

 Mais il y a mieux. Le poète cite nommément Salammbô. Voici le passage concerné de la lettre :

 En peu de mots (!) une série indéfinie de morceaux de bravoure historique, commençant à n’importe quels annales ou fables ou souvenirs très anciens. Le vrai principe de ce noble travail est une réclame frappante ; la suite pédagogique de ces morceaux peut être aussi créée par des réclames en tête de la livraison, ou détachées. — Comme description, rappelez-vous les procédés de Salammbô : comme liaisons et explanations mystiques, Quinet et Michelet : mieux. Puis une archéologie ultrà-romanesque suivant le drame de l’histoire ; du mysticisme de chic, roulant toutes controverses ; du poème en prose à la mode d’ici ; des habiletés de nouvelliste aux points obscurs. – Soyez prévenu que je n’ai en tête pas plus de panoramas, ni plus de curiosités historiques qu’à un bachelier de quelques années — Je veux faire une affaire ici.

 On est en droit de se demander si Rimbaud n’a pas été, préalablement à cette lettre, inspiré par Salammbô dans son oeuvre. Au moment où il écrit à Jules Andrieu la Saison en enfer est écrite. Comme il a été démontré, les Illuminations ont été mises au net avec Germain Nouveau en janvier-février 1875 à Charleville. Il serait utile de rechercher quels textes du poète peuvent être inspirés par Salammbô. Mais c’est une autre affaire !

 

PS: 

Dans un article qu’il vient de mettre en ligne : « Petite note d'une mystique de l'avenir chez Rimbaud », David Ducoffre écrit à propos de mon article : « Nouveau et Rimbaud auraient été ensemble en février-mars 1875 en Allemagne et c'est là que les poèmes auraient été recopiés, si j'ai bien lu l’article. » Il semble que j’ai manqué de clarté dans mon article. Ce que j’ai voulu expliquer est que c’est en janvier-février 1875 que Nouveau et Rimbaud ont pu recopier les poèmes à Charleville et non à Stuttgart où la présence de Nouveau n’est pas attestée par sa lettre à Richepin.

 

17 août 2021

Documents pédagogiques

 http://abardel.free.fr/rimbaud_sur_la_toile/documents_pedagogiques.htm

  • Sites portails :

Sur "Weblettres" : http://www.weblettres.net/sommaire.php?entree=2&rubrique=8&sousrub=338

Sur "Littérales" : http://www.litterales.com/document_francais__ecrivain-Rimbaud.html

Sur "Études-littéraires.com" : http://www.etudes-litteraires.com/forum/sujets/auteurs/rimbaud.php 

Sur "Le Comptoir littéraire" : http://www.comptoirlitteraire.com/?page_id=19
Ceci m'a paru "fortement inspiré" de l'édition Suzanne Bernard dans Classiques Garnier.

  • Poésies :

Une séquence pédagogique consacrée au Recueil de Douai (jeu de questions sur les textes du recueil) : http://michel.balmont.free.fr/pedago/rimbaudouai/ 

Rimbaud, 20 poèmes expliqués : http://rimbaudexplique.free.fr/

Le site Média-Classe propose plusieurs explications de texte vidéographiées :
https://www.youtube.com/user/mediaclasse/search?query=Rimbaud

Le site "bac de français" propose plusieurs commentaires de poèmes de Rimbaud : "Au Cabaret-vert", "Ma bohème", "Le dormeur du val", "Le mal", "Les ponts", "Aube" ... http://www.bacdefrancais.net/ 

Cours d'un professeur de Montréal, André Durand, sur plusieurs poèmes de Rimbaud (jeux de questions, analyses ...) : http://comptoirlitteraire.com/detailsauteur.aspx?aid=624

Fiche d'activité pédagogique pour la classe d'allemand (lycée) : "Ophélie" de Rimbaud, la réception du mythe d'Ophélie en Allemagne : http://www.cndp.fr/secondaire/languespratique/allemand/rimbaud/lycee.htm 

Le Bal des pendus : http://crdp.ac-reims.fr/ressources/lib/produits/lire_elire.htm 

A la musique : http://home.inter.net/berlol/musique.htm

Les Effarés : www.bac-facile.fr

Le Mal : http://www.angelfire.com/ca/stephrimbaud/lemal2.html 

Vénus Anadyomène : http://rimbaudexplique.free.fr/poemes/venus2.html

Le Dormeur du val : http://www.mediaclasse.fr/formation/module?formation=20&module=23
Le Dormeur du val : http://membres.lycos.fr/fcollard/dormeur.html
Le Dormeur du val : 
www.bac-facile.fr

Ma Bohème : http://www.chez.com/bacfrancais/boheme.html 
Ma Bohème : http://knet.free.fr/cours/fr23.htm 
Ma Bohème : 
www.bac-facile.fr

Voyelles : http://membres.lycos.fr/antonzec/etudes-voyelles.html
Voyelles : http://slc.aron.free.fr/Voyelles_pistes
Voyelles : http://profaide.neuf.fr/poesie/Rimbaud_voyelles.htm#analyse

Le Bateau ivre : http://fr.scribd.com/doc/62472555/Rimbaud-Analyse-Le-Bateau-Ivre
Le Bateau ivre : http://www.balafrej.com/lamia/bateauivre
Le Bateau ivre : http://membres.lycos.fr/antonzec/etudes-bateauivre.html 
Le Bateau ivre : http://perso.club-internet.fr/christian.mathis/repo.html 
Le Bateau ivre : http://freecorp.free.fr/scolaire/Francais/Poesie%20txt5.zip
  

Les Poètes de sept ans :  http://www.lettres-et-arts.net/histoire_litteraire/36 

  • Une saison en enfer :

Présentation d'ensemble de l'œuvre :
http://letrouble.fr/joomla/litterature/xixeme-siecle/rimbaud-une-saison-en-enfer-fiche-de-lecture.html 

Prologue d'Une saison en enfer : http://fiches.skyblog.com/3.html
http://lewebpedagogique.com/bac-premiere/une-saison-en-enfer-de-rimbaud
-un-commentaire-redige-gratuit/
 

Matin : http://pedagogie2.ac-reunion.fr/lettres/TiceLettres/SeqPoemeProse/PoemeProse.htm http://www.ac-reunion.fr/pedagogie/lettres/TiceLettres/SeqPoemeProse/PoemeProse.htm#txt3

  • Illuminations :

Analyse d'ensemble des Illuminations, par Jacqueline Masson :
http://www.philagora.net/rimbaud/index.htm

Étude de poèmes des Illuminations par Valéry Renault (blog "Le Bac Français") :
Après le Déluge : https://youtu.be/-AnV-FaDs9w
Conte : https://youtu.be/fH4tMa9rlxE
Matinée d'ivresse : https://youtu.be/oIa__X4Nck8
Aube : https://youtu.be/RSDgBnEKolY
Vagabonds : https://youtu.be/WNdYW45RKe4

Étude de Enfance I par Gloria Lauzanne : https://youtu.be/ABvvjS6R71E

Étude de quatre textes des Illuminations (Les Ponts, Ville, Aube, Ouvriers), par Michèle Tillard : http://montesquieu-lycee72.ac-nantes.fr/pedagogie/lettres/rimbaud2.htm 
(Séquence pédagogique en classe de première).

Nocturne vulgaire : http://perso.club-internet.fr/bjay/planpo.htm#Nocturne%20vulgair 

Les Ponts : http://www.chez.com/bacfrancais/ponts.html

Génie : http://users.swing.be/AmandinePeeters/Genie_etude.htm

Enfance : http://membres.lycos.fr/antonzec/etudes-enfance.html

Aube : http://membres.lycos.fr/frcais/Riaube.htm 

Bottom : http://www.litterales.com/document__id-4-Bottom.html

Fleurs : http://www.litterales.com/document__id-5-Fleurs.html

Marine : http://www.yazata.com/index.php?do=Documents_view&id=566

Barbare : http://www.etudes-litteraires.com/rimbaud-illuminations.php

Matinée d'ivresse : http://www.etudes-litteraires.com/forum/sujet-1967-commentaire-matinee-ivresse-arthur-rimbaud 

  • Du texte à l'image : 

En 2005, les élèves de deux classes de première d'un lycée de Brest ont "enluminé les Illuminations" (et autres textes de Rimbaud) : http://lycee-iroise.over-blog.com/

 

 

Cette expérience s'est poursuivie en 2007 avec des élèves de la Première L1 du Lycée de l'Iroise, qui ont conçu avec leur professeur de lettres Jean-Michel Le Baut un nouveau blog, défini comme un "espace de lecture et d'écriture, de création et d'échange, autour de la poésie moderne, de Rimbaud aux contemporains" : http://voix-iroise.over-blog.com/

Les mêmes ont organisé dans les rues de Brest le 14 mars 2008 une mémorable "manif poétique" (voir entre autres le film de cette manif : Crachez des pluies de roses) :
http://voix-iroise.over-blog.com/categorie-10287511.html

  • Correspondance :

Lettre du 17 novembre 1878, dite "lettre de Gênes" : 
http://www.ecrivosges.com/auteurs/rimbaud_1.php

Rimbaud traverse les Vosges et le Gothard à pied, avant un ultime éclat poétique :
une lecture de la Lettre de Gênes du 17 novembre 1878, par Raymond Perrin, enseignant et écrivain.
Le site propose également une biographie de Rimbaud.

  • Atelier d'écriture :

En 2004-2005, Dominique Dussidour mène un atelier d’écriture dans le cadre d’un stage d’insertion sociale et professionnelle qui s’adresse à des jeunes du bassin d’emploi de Charleville-Mézières, au pays de Rimbaud. Chronique et productions de l'atelier sur "Remue.net" : http://www.remue.net/rubrique.php3?id_rubrique=7 

  • Sémantique textuelle :

Thierry Mézaille, sur son site de sémantique textuelle, propose plusieurs incursions dans l'œuvre de Rimbaud : Étude sémantique de "Sensation", étude des relatives dans un corpus rimbaldien :
http://www.chez.com/mezaille/rimbal.htm
voir aussi : Texto, revue électronique de sémantique des textes
 : http://www.revue-texto.net/

Michel Ballabriga, « L’étoile a pleuré rose… » : étude de sémantique interprétative avec exploitation du corpus rimbaldien numérisé (Frantext) (2005)

  • "Poison perdu", une énigme à résoudre : 

Un site consacré à ce (probablement) faux-Rimbaud : http://monsite.wanadoo.fr/POISONPERDU/
et : 
http://web.archive.org/web/20020603033343/monsite.wanadoo.fr/POISONPERDUsuite/ 

28 avril 2021

Rimbaud à Aden : une énigme résolue, par Jacques Bienvenu

  

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 Vraiment je tire mon chapeau à Jean-Jacques Lefrère ! Voici qu’un deuxième tome de Sur Arthur Rimbaud, Correspondance posthume vient déjà de paraître après le lancement tonitruant du premier tome, l’an dernier, avec en couverture la photo que l’on sait. Je crois que seul Jean-Jacques Lefrère était capable de réaliser ce tour de force de publier (presque) tous les documents, articles et lettres sur Rimbaud parus au fil des ans et ceci jusqu’en 1935 ; car on nous annonce trois tomes à venir ! Même le professeur Étiemble dans ses rêves les plus fous n’aurait pu imaginer une pareille entreprise. Il s’est contenté, à son époque, d’une tentative de  bibliographie exhaustive, sobrement mais vigoureusement commentée et d’en faire une thèse fameuse. La publication de Jean-Jacques Lefrère est tout simplement prodigieuse et semble unique dans la littérature, comme l’a souligné récemment une presse bien informée. Je ne sais si le grand public se précipitera sur ce livre. En tout cas, j’ai couru l’acheter dès sa parution et je n’en suis pas déçu. Certes, il me faudrait un peu de temps pour en faire une complète recension. Le biographe de Rimbaud a reproduit nombre de documents que l’on trouve sur internet, mais l’intérêt du livre, selon moi, réside surtout dans les publications d’articles ou de lettres peu accessibles. Ainsi Jean-Jacques Lefrère a-t-il publié tout simplement, provenant d’une collection particulière, le fac-similé inconnu d’une lettre de Rimbaud ! Et pas de n’importe quelle lettre ! L’une des plus connues de la période où le poète partageait principalement son temps entre  Aden et Harar. De plus, cette lettre comporte une énigme tout à fait passionnante. Il convient de la citer, elle n’est pas très longue :

                                                                              
                                                                                          Aden 25 mai 1881
                                                                                           Chers amis –
                                                                                       Chère maman
       Je reçois ta lettre du 5 mai, je suis heureux de savoir que ta santé s’est remise et que tu peux rester en repos. A ton âge, il serait malheureux d’être obligé de travailler. Hélas, je ne tiens pas du tout à la vie, et si je vis, je suis habitué à vivre de fatigue. Mais si je suis forcé de continuer à me fatiguer comme à présent, et à me nourrir de chagrins aussi véhéments qu’absurdes dans des climats atroces, je crains d’abréger mon existence.
      Je suis toujours ici aux mêmes conditions, et dans trois mois je pourrais vous envoyer cinq mille francs d’économies, mais je crois que je les garderai pour commencer quelque petite affaire à mon compte dans ces parages-ci. Car je n’ai pas l’intention de passer toute mon existence dans l’esclavage.
      Enfin puissions-nous jouir de quelques années de vrai repos dans cette vie, et heureusement que cette vie est la seule et que cela est évident, puisqu’on ne peut s’imaginer une autre vie avec un ennui plus grand que celle-ci !
                                                                    Tout à vous
                                                                                    Rimbaud

 

 

        La première édition de cette lettre a été réalisée en 1899 par Paterne Berrichon. À la place d’Aden, il avait écrit Harar. Les critiques rimbaldiens ont appris en 1953 d’Henri Guillemin qu’en réalité Rimbaud avait bien écrit Aden et non Harar  car Guillemin avait pu consulter l’autographe que Berrichon avait offert à Paul Claudel. Antoine Adam dans la Pléiade de 1972 soulève de très  bonnes questions concernant cette lettre. Il convient de le citer intégralement :

« Cette lettre présente une difficulté qui, faute de pouvoir examiner l’autographe, demeure insurmontable. Henri Guillemin (« Connaissance de Rimbaud », dans le Mercure de France, 1er juin 1953) nous apprend qu’il a vu cet autographe, lequel appartenait à Paul Claudel, et il affirme formellement que l’autographe porte Aden et non Harar. Mais il n’est pas moins certain que le 25 mai 1881, Rimbaud est à Harar, et non pas à Aden. »
Il ajoute aussi en note :

 

« Henri Guillemin nous apprend que l’autographe, auquel nous n’avons pas eu accès, porte clairement : 5000 francs et non 3000 francs d’économies, comme les précédents éditeurs de la Pléiade l’avaient imprimé. On observera qu’il est absolument impossible que Rimbaud ait possédé 5000 francs au mois de mai 1881, ni d’ailleurs 3000 francs. C’est en juillet, après ses expéditions, qu’il en possèdera trois mille (lettre du 22 juillet, infra). »

 

       Certains éditeurs de correspondance n’hésitent pas à considérer que Rimbaud s’est trompé en écrivant Aden. Ce serait un lapsus selon Alain Borer, et Louis Forestier donne aussi Harar à la place d’Aden dans le texte de la lettre qu’il édite. Or, Jean-Jacques Lefrère après consultation du fac-similé écrit en tête de la lettre qu’il transcrit : « Harar, mercredi 25 mai 1881 ». En somme, on revient à la case départ ! La publication du fac-similé  de la lettre  nous ramène pratiquement à l’édition de Berrichon. Simplement, Jean-Jacques Lefrère donne bien Aden dans la transcription de la lettre mais  admet que Rimbaud s’est trompé et a commis un lapsus.

     Observons d’abord que le fac-similé confirme la remarque d’Henri Guillemin : c’est bien Aden qui est écrit. Mais il y a une preuve qui interdit de penser que c’est un lapsus de Rimbaud. En effet : Rimbaud répond à sa mère le 25 mai qu’il a reçu sa lettre du 5 mai. J’en déduis que la lettre a mis 20 jours pour venir (ma profession de mathématicien m’aide beaucoup, je le reconnais). Mais 20 jours excluent complètement Harar car le courrier pour y parvenir de Charleville prenait plus d’un mois. D’ailleurs, plusieurs lettres de Rimbaud d’Aden attestent cette durée approximative de 20 jours pour le courrier de Charleville à Aden.  Il est donc incontestable que la lettre a été écrite à Aden. Et voilà à nouveau le problème reposé !

 

 

Examinons-le :

 

       On peut d’abord penser que  Rimbaud aurait fait un voyage éclair Harar-Aden-Harar sans en avoir rien dit. Un tel voyage s’est d’ailleurs produit en 1888 à cheval et le poète précise même la durée du trajet : 6 jours de cheval à l’aller, 5 de cheval au retour, 8 de séjour à Harar et une dizaine de jours dans les boutres et les vapeurs. On voit donc qu’en un mois ce voyage a été effectué. Or la lettre du 25 mai se situe entre deux lettres du 4 mai et du 10 juin. L’espace entre ces deux lettres permettrait donc  en théorie le voyage. Ce n’est donc pas une hypothèse qui s’évacue aussi facilement qu’on le croit. Certes, on pourrait objecter que selon Bardey, Rimbaud serait allé à Boubassa de fin mai au 10 juin. Mais on sait depuis longtemps que la chronologie de Bardey est douteuse dans ses souvenirs. D’ailleurs, ce voyage à Boubassa a toutes les chances d’avoir été réalisé plus tard. Ainsi en juillet, Rimbaud annonce qu’il part pour un pays inexploré par les Européens pour lequel il serait seul responsable et qui semble assez bien correspondre à ce voyage à Boubassa. Néanmoins, je suis d’accord avec Antoine Adam et Jean-Jacques Lefrère pour penser que Rimbaud ne peut être à Aden en mai 1881. En effet : le 25 mai, il serait  à Aden et le 10 juin il écrirait d’Harar : « Je viens d’une campagne au dehors ».Même si cette expédition ne correspond pas à celle de Boubassa, comme je le pense, il faut reconnaître qu’entre le 25 mai et le 10 juin il n’y a au plus que 15 jours pour un retour d’Aden à Harar auquel il faut ajouter une expédition. Cela semble très improbable d’autant plus que Rimbaud ne dit pas un mot de cet éventuel voyage Aden-Harar-Aden, dans les lettres du 25 mai et du 10 juin.

      De plus, il y a le problème des économies de 5000 francs qu’il annonce pour dans trois mois. Or, connaissant le salaire de Rimbaud à cette époque, Antoine Adam a parfaitement raison de dire qu’il est impossible qu’il possède cette somme, même si on observe qu’il l’annonce pour les trois mois qui suivent. Jean-Jacques Lefrère l’a bien noté dans sa première édition de la correspondance de Rimbaud. Il avait écrit:
« En l’absence du manuscrit consultable ou de fac-similé, il est impossible d’établir s’il s’agit là du chiffre écrit par Rimbaud. L’édition Berrichon fait état de 3000 francs, mais Guillemin spécifiait que Rimbaud avait bien écrit 5000 (chiffre également donné par Isabelle Rimbaud dans sa copie). Le hic, c’est qu’il est impossible que Rimbaud ait pu disposer d’une telle somme à cette époque. »
      J’observe que Jean-Jacques Lefrère charge ce pauvre Berrichon d’une erreur qu’il n’a pas commise pour une fois. Berrichon a bien écrit 5000 francs. C’est la seconde édition de la Pléiade qui se trompe en écrivant 3000 francs. Après sa découverte du fac-similé, Jean-Jacques Lefrère, obligé d’admettre que c’est bien 5000 francs qui est écrit, élude à présent cette difficulté dans son dernier volume.
     J’étais plongé dans ces réflexions après avoir lu le fac-similé publié par le biographe de Rimbaud et j’ai alors pensé que cette lettre serait idéalement placée en mai 1882. Ainsi, toutes les objections tomberaient. Il était bien à Aden à cette époque et il pourrait très bien avoir 5000 francs d’économie en août 1882 (trois mois après le mois de mai). Néanmoins, il faudrait supposer que le lapsus de Rimbaud ne porterait pas sur Aden et Harar, mais sur 1881 au lieu de 1882. Lapsus pour lapsus, il faut reconnaître que le second est bien plus logique. Certes, Il est vrai qu’au mois de janvier 1882 on peut encore écrire « janvier 1881 », mais au mois de mai c’est déjà plus curieux. Cependant, ma conviction était que Rimbaud avait écrit « mai 1881 » au lieu de « mai 1882 ».

       Cette conviction est devenue une certitude depuis que j’ai consulté l’original de la lettre à la Bibliothèque nationale et surtout l’enveloppe. Cet original, contrairement au fac-similé de Jean-Jacques Lefrère, porte l’estampille rouge de la BNF. Sachant que la lettre avait appartenu à l’auteur du Soulier de satin, il m’a paru naturel de la chercher dans le fonds Paul Claudel, où je l’ai trouvée grâce à l’amabilité extrême et à la compétence des conservatrices de la Bibliothèque Richelieu. J’ai surtout pu consulter l’enveloppe de la lettre, que Jean-Jacques Lefrère n’a pas publiée. Or c’est un document capital. Henri Guillemin l’avait décrit comme une longue enveloppe bleue. En effet, l’enveloppe est bleue, mais surtout elle mentionne, par le tampon de la poste, qu’elle est arrivée à Roche le 19 juin 1882[1], ce qui correspond bien à un envoi du 25 mai 1882 et non 1881. Berrichon, qui ne s’est peut-être pas  aperçu du problème de la contradiction entre le tampon de la poste et de la date mentionnée par Rimbaud sur la lettre, a écrit sur l’enveloppe, de son écriture reconnaissable : « 25 mai 1881 ». On comprend qu’il ait mis Harar dans son édition de 1899, pensant que Rimbaud n’était pas à Aden en 1881, et n’hésitant pas comme à son habitude à modifier le texte de Rimbaud. Il faut donc replacer cette lettre dans la correspondance du poète à sa place, entre celle du 10 mai 1882 et celle du 10 juillet 1882. On observe alors que Vitalie et Isabelle Rimbaud ont répondu toutes les deux immédiatement en deux lettres séparées  à leur fils et à leur frère, jugeant non sans raison que cette lettre était celle d’un désespéré qui de surcroît leur expliquait qu’il ne croyait pas à une vie au-delà de la mort ! Ce qui devait être terrible pour des dames aussi dévotes. Rimbaud écrivit en effet le 10 juillet : j’ai reçu vos lettres du 19 juin. Il ajoutait : « j’espère bien aussi voir arriver mon repos avant ma mort ». Ce qui correspond bien à la lettre du 25 mai, mais il précisait aussi pour rassurer un peu les deux femmes : « si je me plains, c’est une espèce de façon de chanter. »

        Il est incontestable que Jean-Jacques Lefrère est un bon documentaliste. C’est grâce à lui que j’ai pris conscience de ce problème de datation concernant la lettre du 25 mai 1882 lorsque j’ai vu le fac-similé dans son ouvrage. Il incite les chercheurs à compléter des informations concernant les documents de sa compilation. Néanmoins, sur la correspondance de Rimbaud qu’il a éditée, je crois qu’on peut être raisonnablement critique. Lorsque Jean-Jacques Lefrère dispose du manuscrit d’une lettre qu’il publie dans son livre, on le voit dans le même temps retranscrire le texte inexact de la Pléiade de 1972 (cf : « Une étrange lettre »). Lorsqu’il ne possède pas le manuscrit d’une lettre, affirmant qu’il ne se trouve pas là où je l’ai trouvé, il modifie des mots et il ajoute à la fin de la lettre une adresse que Rimbaud n’a pas écrite (cf : « L’édition de la lettre de Gênes »). Dans le cas présent, il fournit un fac-similé dont il ne tire comme conclusion qu’un retour navrant à l’édition de Berrichon de 1899. À cela s’ajoutent des erreurs de dates assez curieuses (cf : « La Chasse spirituelle dans les éditions de la correspondance de Verlaine et de Rimbaud »). Mais, l’essentiel est que la critique rimbaldienne progresse. Les publications de M. Lefrère y contribuent à leur manière.
[1] L'enveloppe comporte au dos deux tampons de la poste pour Attigny. Un premier où on lit clairement 13 juin 1882 et un second qui est moins lisible mais où on peut lire la date du 19 juin.
16 avril 2021

L'oeuvre de Rimbaud

La destinée d’Arthur Rimbaud forme un volet complet de son œuvre : l’héritage littéraire du poète est indissociable des péripéties de sa vie, cristallisés après sa mort dans un mythe qui hante le xxe siècle. Car les « pouvoirs surnaturels » qu’il revendique (« Adieu », Une saison en enfer, 1873) font de Rimbaud un témoin et un acteur à travers l’écriture. La révolution poétique qu’il introduit passe par une expérience de l’imaginaire, qui est aussi une aventure humaine sans précédent.

LE « VOYANT »

L’ENFANT HALLUCINÉ

 

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Arthur Rimbaud, par Paul Verlaine

Enfant précoce et d’une extrême sensibilité, Rimbaud rencontre vite les limites du milieu familial et provincial où il grandit. L’apprentissage scolaire lui laisse entrevoir les ressources de la littérature. Mais sa soif de nouveauté le détourne de la plupart des auteurs étudiés en classe. C’est en lui-même, à l’écart des modèles et des conventions, qu’il mène l’expérience du voyant en quête d’un univers parallèle : « Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n'en garder que les quintessences » (Lettre d'Arthur Rimbaud à Paul Demeny, 15 mai 1871).

UN « OPÉRA FABULEUX »

Le « dérèglement de tous les sens » renvoie aux correspondances baudelairiennes. Le premier, Charles Baudelaire a établi la parenté qui unit les parfums, les couleurs et les sons ; le premier il a su déduire de la magie des sensations une réalité qui est au-delà des choses.

Or Rimbaud entend dépasser ce maître, l’un des seuls parmi les poètes modernes à mériter selon lui le qualificatif de voyant et qu’il regarde comme « un vrai Dieu » (Lettre d'Arthur Rimbaud à Paul Demeny, 15 mai 1871), mais auquel il reproche un certain conservatisme sur le plan de l’expression et de la forme. Le dérèglement des sens aboutit à une fusion entre monde extérieur et monde intérieur, entre imagination et pensée, entre rêve et réalité. Et cette fusion, qui transmue le poète en un « Opéra fabuleux » (« Délires II. Alchimie du verbe », Une saison en enfer), nécessite une langue nouvelle pour être restituée.

LA FORME LIBÉRÉE

Après avoir sollicité à ses débuts la protection de Théodore de Banville (1870), Rimbaud s’éloigne de l’orbite du Parnasse. La généralisation du principe des correspondances est acquise dès le sonnet des « Voyelles » (1871), ouvrant la voie au « vers libre » – c’est-à-dire non rimé :
« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, /
Je dirai quelque jour vos naissances latentes ».

Les poèmes en prose des Illuminations (1872-1875 ; publié en 1886) constituent l’aboutissement du processus. Déstructurer la phrase, rompre les rythmes accoutumés, inventer des sensations nouvelles en bouleversant les anciennes, faire communiquer les mondes du visible et de l'invisible – en un mot, il s'agit de « trouver une langue ». L’au-delà des choses dessine un absolu où le voyant rejoint le mystique – ce que l’effacement du poète de la scène littéraire semble venir confirmer.

31 janvier 2021

Rimbaud entre Afrique et Arabie : 10 ans dans une courte vie.

A la fin 1880, Rimbaud est de passage dans divers ports de la Mer Rouge jusqu’au Yemen : à Hodeida, un commerçant marseillais le recommande à une maison lyonnaise d’import-export (qui faisait le commerce du café mais pas seulement), Bardey et Cie*, établie à Aden, qui l’embauche.

  • Exactement Mazeran, Viannay, Bardey et Cie. Après liquidation de cette société, il semble que la nouvelle société créée par Alfred Bardey prendra le nom de Bardey et Cie. Le frère d'Alfred, Pierre Bardey, travaillait aussi dans l'entreprise et rencontra Rimbaud.

 

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Steamer point, à Aden, vers 1900.

Steamer point (aujourd'hui Tawahi) était le lieu d'arrivée des navires de passagers à Aden, ainsi que le quartier occidental. Les deux meilleurs hôtels d'Aden, l'Hôtel de l'Univers et l'Hôtel de l'Europe, s'y trouvaient. Rimbaud a daté plusieurs de ses lettres de Steamer Point.

http://www.pandosnco.co.uk/a_pando_passage_to_india.html

 

 

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Portrait de groupe à l'Hôtel de l'Univers (Aden), en 1880 (?).

 © LIBRAIRES ASSOCIES / ADOC-PHOTOS

Agrandissement pris sur le site Arthur Rimbaud le poète. http://abardel.free.fr/iconographie/afrique/hotel_de_l_univers_agrandissement.htm

Cette photo, retrouvée en 2008, publiée en 2010, a fait couler beaucoup d'encre. L'identification de Rimbaud comme le 4ème personnage assis à droite a été contestée et à ce jour, aucune conclusion définitive n'a été apportée à la question. On peut se reporter à l'étude des découvreurs de la photo, MM. Alban Caussé et Jacques Desse : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/wp-content/uploads/2016/11/825be1b0a0703a86ca1e59705c88fb57.pdf

 et en version longue, Rimbaud, Aden 1880, histoire d'une photographie, disponible sur le site (clôturé) http://www.mag4.net/Rimbaud/ :

 http://www.mag4.net/Rimbaud/archives/public/fichiers/Rimbaud-Aden-1880-comp.pdf.

La critique sur l'identification de Rimbaud porte principalement sur le fait que certains des autres personnages identifiés avec plus ou moins de certitude, n'ont pas pu être présents en même temps que Rimbaud à Aden. La photo a aussi provoqué les réactions, parfois ridicules, de ceux qui trouvent que le visage sur la photo ne correspond pas à la légende de Rimbaud, à l'image qu'on se fait de lui comme éternel révolté.

 

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 Carte postale : Aden, danseurs bédouins un jour de fête à Sheikh Othman. Milieu du 20 ème siècle.

19 janvier 2021

Images de Rimbaud et Verlaine

La « panthéonade »* en cours (faire entrer ensemble dans la crypte du Panthéon les dépouilles, ou une poignée de terre symbolique prise sur les tombes, de Rimbaud et Verlaine) fait se multiplier dans les journaux ou les billets en ligne les représentations des deux poètes ensemble.

L’une, qui fait florès, est un montage assez inepte : les deux hommes sont affublés de chapeaux ridicules ; Rimbaud tient Verlaine par l’épaule… Surtout l’image ne se présente pas comme un montage et les lecteurs, abusés, la prennent pour une véritable photographie. L’époque aime ces fausses représentations que facilite l’usage de Photoshop.

Je reçois ce 6 octobre la précision suivante : « la photo qui a servi au montage de la soi-disant photo de Verlaine et Rimbaud représente J.R. Perkins et son fils Sam, photographiés en 1901 à Lexington, Oklahoma (à l’époque Indian Territory) – photo présentée sur le site Flickr de leur descendant, C. Simpson« .

Michael Dias en parlait déjà en décembre 2017 dans un billet intitulé : « La photo de Verlaine et Rimbaud qui n’en est pas une ».

Merci à Christine Paganelli.

Un montage qui ne se donne pas comme tel, donc un faux, pour représenter Rimbaud et Verlaine côte à côte (voir Post-Scriptum).

Cette fabrication prend comme base deux portraits d’Arthur Rimbaud et Paul Verlaine faits par Étienne Carjat dans son atelier au numéro 10, rue Notre-Dame-de-Lorette. Verlaine donne la date d’octobre 1871 pour le fameux portrait de Rimbaud. Je suis enclin à penser que le portrait que Carjat fit aussi de Paul Verlaine a pu être tiré le même jour, mais ce n’est qu’une hypothèse.

Voici ce qu’écrit Jacques Bienvenu à ce sujet dans son blog : « A vrai dire, la seule certitude est que la date de la photographie [représentant Verlaine] est située entre juillet 1869, époque à laquelle Carjat s’installe rue Notre-Dame-de-Lorette, et juillet 1872 quand Verlaine part de Paris avec Rimbaud. Néanmoins, si on se base sur les portraits de Verlaine du Coin de table et de Carjat, on peut penser […] qu’ils sont contemporains. Les séances de pose ont commencé au tout début janvier de l’année 1872 et les photos de Rimbaud datent d’octobre 1871. Si Verlaine qui accompagnait son ami en a profité pour se faire tirer le portrait, on est à seulement trois mois des séances de pose du Coin de table. Cela est plausible, mais évidemment on ne peut l’affirmer. »

Portrait photographique de Paul Verlaine par Etienne Carjat, ca 1871.
Portrait photographique d’Arthur Rimbaud par Etienne Carjat, octobre 1871.

Je rappelle une autre incertitude de dates au sujet du deuxième portrait de Rimbaud (celui où il regarde droit dans l’objectif) qui porte la marque de l’atelier Carjat, et dont je pense qu’il est contemporain du plus célèbre des deux, réalisé, cela est établi, par Carjat (voir mon livre Arthur Rimbaud photographe).

2 portraits photographiques d’Arthur Rimbaud vraisemblablement faits tous les deux par Etienne Carjat, octobre 1871.

Une représentation des deux poètes ensemble est bien connue. C’est celle du Coin de table, le tableau d’Henri Fantin-Latour exposé au Salon de 1872.

Coin de table, huile peinte par Henri Fantin-Latour, 1872.

Il est curieux de voir comment le peintre a figuré les deux hommes l’un à côté de l’autre et a peint leurs regards qui dans la pose s’évitent, ce qui est le cas aussi pour tous les protagonistes de ce dîner.

Extrait du Coin de table, huile peinte par Henri Fantin-Latour, 1872.

Stéphane Mallarmé dans Médaillons et portraits, publié en 1896, donne dans son style inimitable un portrait du jeune Rimbaud au moment où il fréquente les Vilains Bonshommes en compagnie de Verlaine, donc à l’époque du tableau et des portraits photographiques par Carjat :
« Je ne l’ai pas connu, mais je l’ai vu, une fois, dans un des repas littéraires, en hâte, groupés à l’issue de la Guerre — le Dîner des Vilains Bonshommes, certes, par antiphrase, en raison du portrait, qu’au convive dédie Verlaine. « L’homme était grand, bien bâti, presque athlétique, un visage parfaitement ovale d’ange en exil, avec des cheveux châtain clair mal en ordre et des yeux d’un bleu pâle inquiétant » (in Paul Verlaine, Poètes maudits, 1884). Avec je ne sais quoi fièrement poussé, ou mauvaisement, de fille du peuple, j’ajoute, de son état blanchisseuse, à cause de vastes mains, par la transition du chaud au froid rougies d’engelures. Lesquelles eussent indiqué des métiers plus terribles, appartenant à un garçon. J’appris qu’elles avaient autographié de beaux vers, non publiés : la bouche, au pli boudeur et narquois n’en récita aucun ».

Lettre de Felix Regamey à son frère, automne 1872.

Vient d’apparaître providentiellement sur le marché une lettre de Felix Regamey (qui sera mis aux enchères chez Christies le 3 novembre 2020) illustrée d’un dessin représentant Rimbaud et Verlaine marchant dans une rue de Londres (on voit à l’arrière plan un bobby, un policier britannique).

« Maintenant, devine qui j’ai sur le dos depuis trois jours. Verlaine et Rimbaud – arrivant de Bruxelles – Verlaine beau à sa manière. Rimbaud, hideux. L’un et l’autre sans linge d’ailleurs. Ils se sont décidés pour le Gin sans hésitation« , écrit Régamey dans cette lettre à son frère datée du 13 septembre 1872.

Félix Regamey vit alors à Londres où il s’est réfugié après la Commune à laquelle il a participé. Il accueille les deux vagabonds et leur apporte de l’aide.

Ce dessin est bien d’une main d’artiste. Regamey est peintre et caricaturiste, il publie des dessins dans Le Journal amusant, Le Boulevard, L’Indépendance parisienne, La Vie parisienne, Les Faits-Divers illustrés... Il dessine avec un goût manifeste à croquer ce qu’il voit (il fera de très nombreux dessins lors des ses voyages au Japon et en Chine). Il fait aussi des aquarelles.

On connait de lui un portrait de son ami Verlaine daté de 1872, paru en frontispice de son livre, Verlaine dessinateur, publié en 1896 quelques mois après la mort du poète ; il est illustrée de 23 dessins, portraits et autographes.

Paul Verlaine 1872 par Felix Regamey.

Un autre dessin de Regamey, rehaussé à la gouache, est reproduit en page de titre.

Petit portrait de Verlaine, le représentant de profil reproduit, réduit, en page de titre du livre de Régamey « Verlaine Dessinateur ». Dessin à l’encre rehaussé de gouache blanche
Signé de son paraphe et daté 1869, 6 x 8.5cm.

Voici pour finir quelques détails de cette lettre mise bientôt en vente que je dois à l’aimable obligeance de Julien Paganetti, qui dirige la librairie Autographes des Siècles.

Lettre de Felix Regamey à son frère, automne 1872 (détail). © Christies.
Lettre de Felix Regamey à son frère, automne 1872 (détail). © Christies.
Lettre de Felix Regamey à son frère, automne 1872 (détail). © Christies.

Enfin, autre registre, pour conclure, mais c’est une autre histoire : au cinéma, c’est le jeune Leonardo DiCaprio et David Thewlis qui incarnent les deux poètes dans Total Eclipse (Rimbaud Verlaine dans la version française) de Agnieszka Holland, 1995.

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Note* Les Mémoires d’un veuf de Verlaine comprennent une notule intitulée « Panthéonades » dans laquelle il déplore le sort réservé à Victor Hugo : « Ils l’ont fourré dans cette cave où il n’y a pas de vin ! ». Cité par Denis Saint-Amand, « Rimbaud et Verlaine, trop sauvages pour le Panthéon », Libération, 14/09/2020 (précision donnée par Alain Bardel).

POST-SCRIPTUM (24 septembre) : Je découvre sur Twitter ce matin la série de billets publiés par @LaurentNunez sur ce montage photo et la photographie originale signalée par @K_Boucaud qui représente « les personnages réels du Dr Emmett Brown et Marty McFly, incarnés plus tard dans la série de films Retour vers le futur ».

POST-SCRIPTUM 2 (6 octobre) : « La mention par un utilisateur tweeter du « Dr Emmett Brown et Marty McFly » est en fait une plaisanterie, assez drôle, il s’agit des héros purement fictionnels et devenus « culte » comme on dit, de la série de film Retour vers le Futur (un « prof » excentrique propulse  son jeune ami  – ami en tout bien tour honneur ! – dans les années 1950 puis dans l’Ouest américain des années 1880) ». Extrait du message de Christine Paganelli, en commentaire.

J.R. And Sam Perkins; Lexington, Indian Territory, 1901
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