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A.R.
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21 janvier 2021

Langues et religion

L’intérêt pour les cultures locales apparait aussi du fait que Rimbaud cherchait à apprendre les langues (mais c’était aussi une nécessité commerciale). Borelli, dans son journal de voyage, note son premier contact avec Rimbaud : « « M. Rimbaud, négociant français, arrive de Toudjourrah, avec sa caravane. Les ennuis ne lui ont pas été épargnés en route. (…) Notre compatriote a habité le Harar. Il sait l'arabe et parle l'amharigna [amharique],et l'oromo. Il est infatigable. Son aptitude pour les langues, une grande force de volonté et une patience à toute épreuve, le classent parmi les voyageurs accomplis »

Borelli dira aussi de Rimbaud : « Lui voyageait pour son commerce, moi je voyageais pour la Science et par curiosité. Combien la science aurait été mieux servie, si les rôles eussent été intervertis ! » (cité par Alain Borer, Rimbaud en Abyssinie).

Mais nombreux étaient les Occidentaux qui s'intéressaient réellement aux cultures locales - ce qui n'empêchait pas de les regarder souvent avec un sentiment de supériorité.

 Enfin, on notera l’intérêt de Rimbaud pour l’Islam. Il avait appris l’arabe (sans doute un apprentissage entrepris chez lui dans les Ardennes vers 1875, mais approfondi en Arabie du sud et dans la corne de l’Afrique). Il étudia aussi le Coran. Il est vrai que la langue et la religion étaient des connaissances utiles pour son travail. L’explorateur Ugo Ferrandi parle de Rimbaud comme d’un arabisant érudit. On raconte qu’il s’habillait en marchand arabe et commentait le Coran : selon le négociant Savouré, c’était un moyen de s’introduire dans des régions inconnues - ce qui lui aurait d’ailleurs valu des ennuis : il aurait été battu pour avoir commenté le Coran de façon non orthodoxe

Pour autant, l’idée d’une conversion semble écartée; en Afrique, les explorateurs occidentaux se présentaient souvent comme des Musulmans pour entrer dans des territoires où ils n’étaient pas les bienvenus. Ce fut le cas de l’adjoint de Rimbaud, Sotiro, pour explorer l’Ogaden.

 

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25 janvier 2021

Rimbaud et les femmes

A Harar et Aden, Rimbaud avait une compagne (au moins une), une Abyssine de religion chrétienne (même catholique semble-t-il), vêtue à l’occidentale selon les témoignages, qui donnent son prénom, Mariam. Il s’en sépara au moment de partir pour sa fameuse expédition de livraison d’armes dans le Choa en 1885-86. Voici la lettre qu’il écrit alors au journaliste et aventurier italien Augusto Franzoj (dans quelles circonstances ?) pour expliquer qu’il n’envisage nullement d’emmener sa compagne avec lui au Choa (d’où elle paraissait être originaire,  d’après ce qu’il laisse comprendre) :

 Cher Monsieur Franzoj,

 Excusez-moi, mais j'ai renvoyé cette femme sans rémission. 

A Harar et Aden, Rimbaud avait une compagne (au moins une), une Abyssine de religion chrétienne (même catholique semble-t-il), vêtue à l’occidentale selon les témoignages, qui donnent son prénom, Mariam.

Il s’en sépara au moment de partir pour sa fameuse expédition de livraison d’armes dans le Choa en 1885-86. Voici la lettre qu’il écrit alors au journaliste et aventurier italien Augusto Franzoj (dans quelles circonstances ?) pour expliquer qu’il n’envisage nullement d’emmener sa compagne avec lui au Choa (d’où elle paraissait être originaire,  d’après ce qu’il laisse comprendre) :

 

Cher Monsieur Franzoj, (vers Septembre 1885 ?)
Excusez-moi, mais j'ai renvoyé cette femme sans rémission.  Je lui donnerai quelques thalers* et elle partira s'embarquer par le boutre qui se trouve à Rasali pour Obock, où elle ira où elle veut.
J'ai eu assez de cette mascarade devant moi. Je n'aurais pas été assez bête pour l'apporter du Choa, je ne le serai pas assez pour me charger de l'y remporter. Bien à vous.

                                    * Monnaie en usage à l’époque dans les pays avoisinant la Mer Rouge. Il s’agissait de pièces à l’effigie de Marie-Thérèse d’Autriche, portant le millésime 1780, qu’on continuait à frapper pour l’utilisation locale et qui furent en usage encore assez avant dans le 20 ème siècle. On disait aussi thalari – certains écrivent dollar à la place de thaler- le mot thaler est en effet l’origine du mot dollar.

  On voudrait  faire de sa liaison un symbole exceptionnel de compréhension entre les cultures (mais on a vu de quelle façon il renvoie sa compagne). Ce type de liaison était assez fréquent. Son ami italien, Ottorino Rosa, vécut un moment avec la soeur de la compagne de Rimbaud et s'exprime ainsi : « j’ajouterai que moi-même dans ce temps-là, je gardais la sœur, dont je me suis débarrassée après quelques semaines [en raison d'un déplacement à faire]... »

Un autre ami de Rimbaud, Alfred Ilg, l’ingénieur suisse, se maria avec une Abyssine. Quand elle mourut, il épousa une Suisse, présente en Abyssinie (Ilg, devenu conseiller de Ménélik, puis quasiment son Premier ministre, avait fait venir de nombreux compatriotes formant une petite colonie suisse en Abyssinie).

Mais dans les dernières semaines de son existence, Rimbaud, amputé de la jambe, malade, rêvait encore d'épouser une « catholique de race noble abyssine » - donc pas n'importe quelle Abyssine, mais une Abyssine - ou alors une jeune fille (française) très bien élevée, qu'il irait chercher dans un orphelinat ...

Dans tous les cas, si on considère son comportement avec sa compagne, il serait diificile de présenter Rimbaud comme un  féministe.

 

7 janvier 2019

Lettres à Banville 1870

 Lettre à Banville | Lettres à Izambard | Corrigé

 

Relisez les lettres de Rimbaud à Théodore de Banville et Georges Izambard écrites par Rimbaud au cours de l’année 1870. 

1) Les thèmes :     
   a) Quelles semblent être les préoccupations dominantes du jeune homme à ce moment de sa vie ?   
   b) Apercevez-vous des convergences thématiques entre ces lettres et les poèmes du recueil de Douai ?

2) L’art épistolaire : 
   a) Relevez les traits particuliers du ton et du style adoptés par Rimbaud ;  
   b) Quelles correspondances apercevez-vous entre l’écriture de ces lettres et celle des poèmes du Recueil de Douai ? Justifiez vos remarques par des références précises aux textes.  
   c) Quelles caractéristiques ont fait probablement de ces lettres, pour leurs destinataires, des lettres intéressantes à recevoir ?  

 

__________

 

Lettre à Théodore de Banville du 24 mai 1870  

 

Charleville (Ardennes), le 24 mai 187O.
A Monsieur Théodore de Banville.

Cher Maître,  

       Nous sommes aux mois d'amour ; j'ai dix-sept ans. L'âge des espérances et des chimères, comme on dit, - et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, - pardon si c'est banal, - à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes - moi j'appelle cela du printemps.

      Que si je vous envoie quelques-uns de ces vers, - et cela en passant par Alph. Lemerre, le bon éditeur, - c'est que j'aime tous les poètes, tous les bons Parnassiens, - puisque le poète est un Parnassien, - épris de la beauté idéale ; c'est que j'aime en vous, bien naïvement, un descendant de Ronsard, un frère de nos maîtres de 1830, un vrai romantique, un vrai poète. Voilà pourquoi, - c'est bête, n'est-ce pas, mais enfin ?...

      Dans deux ans, dans un an peut-être, n'est-ce pas, je serai à Paris. - Anch'io, messieurs du journal, je serai Parnassien ! - Je ne sais ce que j'ai là... qui veut monter... - Je jure, cher maître, d'adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté.
      Ne faites pas trop la moue en lisant ces vers :
      …Vous me rendriez fou de joie et d'espérance, si vous vouliez, cher Maître, faire faire à la pièce Credo in unam une petite place entre les Parnassiens
      ... Je viendrais à la dernière série du Parnasse : cela ferait le Credo des poètes !... - Ambition ! ô Folle !  

                                                                            Arthur Rimbaud.  

 

************************************

Lettre à Georges Izambard du 25 Août 1870  

 

29, rue de l'Abbaye-des-Prés,
Douai (Nord).

             Très pressé.

                                                                               Charleville, 25 août 1870.



Monsieur,

            Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville !
            Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n'ai plus d'illusions. Parce qu'elle est à côté de Mézières, - une ville qu'on ne trouve pas, - parce qu'elle voit pérégriner dans ses rues deux ou trois cents de pioupious, cette benoîte population gesticule, prud'hommesquement spadassine, bien autrement que les assiégés de Metz et de Strasbourg ! C'est effrayant, les épiciers retraités qui revêtent l'uniforme ! C'est épatant comme ça a du chien, les notaires, les vitriers, les percepteurs, les menuisiers et tous les ventres, qui, chassepot au cœur, font du patrouillotisme aux portes de Mézières ; ma patrie se lève !... Moi j'aime mieux la voir assise : ne remuez pas les bottes ! c'est mon principe. 

           Je suis dépaysé, malade, furieux, bête, renversé ; j'espérais des bains de soleil, des promenades infinies, du repos, des voyages, des aventures, des bohémienneries enfin; j'espérais surtout des journaux, des livres... Rien ! Rien ! Le courrier n'envoie plus rien aux librairies ; Paris se moque de nous joliment : pas un seul livre nouveau ! c'est la mort ! Me voilà réduit, en fait de journaux, à l'honorable Courrier des Ardennes, - propriétaire, gérant, directeur, rédacteur en chef et rédacteur unique : A. Pouillard ! Ce journal résume les aspirations, les voeux et les opinions de la population : ainsi jugez ! c'est du propre !... On est exilé dans sa patrie !!!
          Heureusement, j'ai votre chambre : - Vous vous rappelez la permission que vous m'avez donnée. - J'ai emporté la moitié de vos livres ! J'ai pris Le Diable à Paris. Dites-moi un peu s'il y a jamais eu quelque chose de plus idiot que les dessins de Granville ? - J'ai Costal l'Indien, j'ai La Robe de Nessus, deux romans intéressants. Puis, que vous dire ?... J'ai lu tous vos livres, tous ; il y a trois jours, je suis descendu aux Épreuves, puis aux Glaneuses, - oui ! j'ai relu ce volume ! - puis ce fut tout !... Plus rien ; votre bibliothèque, ma dernière planche de salut, était épuisée !... Le Don Quichotte m'apparut ; hier, j'ai passé, deux heures durant, la revue des bois de Doré : maintenant, je n'ai plus rien !
         Je vous envoie ces vers ; lisez cela un matin, au soleil, comme je les ai faits : vous n'êtes plus professeur, maintenant, j'espère !...
         (…)
           J'ai les Fêtes galantes de Paul Verlaine, un joli in-12 écu. C'est fort bizarre, très drôle ; mais vraiment, c'est adorable. Parfois de fortes licences : ainsi,


                                     Et la tigresse épou - vantable d'Hyrcanie


est un vers de ce volume.
           Achetez, je vous le conseille, La Bonne Chanson, un petit volume de vers du même poëte : ça vient de paraître chez Lemerre ; je ne l'ai pas lu : rien n'arrive ici ; mais plusieurs journaux en disent beaucoup de bien.
           Au revoir, envoyez-moi une lettre de 25 pages - poste restante - et bien vite !

                                                                                             A. RIMBAUD.

P. S. - A bientôt, des révélations sur la vie que je vais mener après... les vacances.

 

__________


Charleville, le 2 novembre 1870.


Monsieur,

       - A vous seul ceci. –

        Je suis rentré à Charleville un jour après vous avoir quitté. Ma Mère m'a reçu, et je suis là... tout à fait oisif. Ma mère ne me mettrait en pension qu'en janvier 71.
Eh bien, j'ai tenu ma promesse.
       Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. Que voulez-vous, je m'entête affreusement à adorer la liberté libre, et... un tas de choses que "ça fait pitié", n'est-ce pas ? Je devais repartir aujourd'hui même ; je le pouvais : j'étais vêtu de neuf, j'aurais vendu ma montre, et vive la liberté ! -Donc je suis resté ! je suis resté ! - et je voudrai repartir encore bien des fois. - Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons. - Mais je resterai, je resterai. Je n'ai pas promis cela ! Mais je le ferai pour mériter votre affection : vous me l'avez dit. Je la mériterai.
       Le reconnaissance que je vous ai, je ne saurais pas vous l'exprimer aujourd'hui plus que l'autre jour. Je vous la prouverai ! Il s'agirait de faire quelque chose pour vous, que je mourrais pour le faire, - je vous en donne ma parole.
      J'ai encore un tas de choses à dire...



                                                             Ce "sans-cœur" de
                                                                                               A. RIMBAUD.


Guerre ; pas de siège de Mézières. Pour quand ? On n'en parle pas. J'ai fait votre commission à M. Deverrière, et, s'il faut faire plus, je le ferai. - Par-ci, par là, des francs-tirades. Abominable prurigo d'idiotisme, tel est l'esprit de la population. On en entend de belles, allez. C'est dissolvant !

 

* Ces deux lettres envoyées par Arthur à son professeur encadrent par leurs dates les fugues de l’été et de l’automne 1870. Elles reflètent les thèmes et le style d’écriture des poèmes du recueil de Douai.  

___________

 

CORRIGÉ DES QUESTIONS

 

 

1)Les thèmes :

 

a) Quelles semblent être les préoccupations dominantes du jeune homme à ce moment de sa vie ?

   

  • La poésie, la littérature :

Il exprime son désir d’être publié (Banville), son admiration pour les poètes (Banville), son goût pour les livres (Iz.25/08). On dirait que l’interruption de son approvisionnement en livres et journaux est ce qui lui coûte le plus dans la guerre (idem). Le 2/11, il exprime son admiration pour les audaces métriques de Verlaine (non-respect de la césure de l’alexandrin).

 

  • Le désir d’évasion :

Il affirme à plusieurs reprises son idéal de Liberté : « Je jure, cher maître, d'adorer toujours les deux déesses, Muse et Liberté » (Banville) ; « je m'entête affreusement à adorer la liberté libre » ; « et vive la liberté ! » (Iz.2/11). A Banville, il annonce son intention d’aller vivre à Paris d’ici deux ans (Rimbaud « le génie impatient » dont parle H.Mondor) ; dans la lettre du 25.08, il se plaint à Izambard que la guerre l’empêche de se promener dans la campagne : « j'espérais des bains de soleil, des promenades infinies, du repos, des voyages, des aventures, des bohémienneries enfin » ;  aussitôt rentré de sa deuxième fugue de l’été 70, il décrit au même Izambard son envie de repartir de Charleville : « Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons. » .

 

  • Le dégoût de Charleville :

La lettre du 25 Août est presque entièrement consacrée à ce thème. Sa « ville natale » lui paraît « supérieurement idiote entre les petites villes de province ». Il méprise le patriotisme manifesté par les habitants de Charleville pendant la guerre, qui lui paraît artificiel (« gesticule ») et vaniteux (« ce que ça a du chien »), il déplore la pauvreté intellectuelle de la presse locale (« rédacteur en chef et rédacteur unique : A.Pouillard … ») . Cet ennui de la vie provinciale se retrouve dans la lettre du 2/11 : « Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille ».

 

  • La guerre :

Les deux lettres à Izambard évoquent le climat créé par la guerre de 1870. On sent chez Rimbaud un certain anti-militarisme qui se manifeste par les railleries à l’égard du « patrouillotisme » de la population ardennaise (lettre du 25/08), qu’il désigne encore très péjorativement dans la lettre de Novembre : « Abominable prurigo d'idiotisme, tel est l'esprit de la population ». Mais le pacifisme semble plus net encore lorsqu’il s’écrie : « Ne remuez pas les bottes ! c’est mon principe. »

 

 

b) Apercevez-vous des convergences thématiques entre ces lettres et les poèmes du recueil de Douai ?

 

Nombreux sont les points de convergence avec l’inspiration des poèmes de 1870 : le désir d’évasion y est omniprésent (Sensation, Ma bohème, Rêvé pour l’hiver, …) ; la guerre est commentée dans Le mal, Le dormeur du val, Rages de Césars … ; le mépris des bourgeois et la haine de Charleville inspire A la musique.

 

 

2)L’art épistolaire :

 

a) Relevez les traits particuliers du ton et du style adoptés par Rimbaud :

Sur le plan du ton, on remarque la prédominance d’un humour grinçant, sarcastique, plein d’une révolte à peine contenue. Rimbaud a l’esprit critique toujours en alerte : contre les bourgeois de Charleville, contre ses proches. Il semble bien qu'il vise sa mère quand il écrit dans sa lettre du 2/11 : « Que voulez-vous, je m'entête affreusement à adorer la liberté libre, et... un tas de choses que "ça fait pitié", n'est-ce pas ? » ; «ça fait pitié » est probablement une expression habituelle de sa mère quand elle se plaint du comportement d’Arthur. Quant à l'expression citée entre guillemets en guise de signature : « ce « sans-cœur » de A.RIMBAUD », elle vise Izambard comme celui-ci l'indique lui-même dans une lettre de 1929, que cite Jean-Jacques Lefrère dans sa biographie de Rimbaud p.201, note 24 : Izambard lui aurait reproché sa sévérité pour sa mère en lui disant qu'il manquait de cœur. Dans sa lettre du 25 Août, il n'est pas très tendre non plus avec Demeny dont il semble mettre bien bas le recueil "Les Glaneuses" : « je suis descendu aux Épreuves (c'est un recueil de Sully Prudhomme, 1866), puis aux Glaneuses ». Il ironise enfin sur son propre compte dans la lettre à Banville : « tant pis si c’est banal », « bien naïvement », « c’est bête n’est-ce pas » …

Parfois le ton se fait aussi pathétique, suppliant (Banville, Iz.25/08), enthousiaste (idem), ou chaleureux : « Il s'agirait de faire quelque chose pour vous, que je mourrais pour le faire, - je vous en donne ma parole. »  (2/11).

Ce contraste de bon cœur et d’agressivité décrit assez bien l’état d’âme du jeune homme.

Sur le plan du style on remarque surtout la recherche d’un rythme dru, syncopé, rapide : les phrases brèves, elliptiques (Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons.), entrecoupées de tirets, points d’exclamation, points de suspension. Il s’agit de donner une impression d’énergie, de vitalité juvénile, de liberté et aussi d’intelligence : un esprit vif, qui vole d’une idée à une autre, qui se fait comprendre à demi-mot.

Notons encore le goût de R. pour la création verbale : patrouillotisme (mot-valise), mauvaiseté, idiotisme, prudhommesquement spadassine, bohémienneries, francs-tirades (dérivations incorrectes mais jugées pittoresques à partir de mots existants) ; pour les figures de style : « tous les ventres » (synecdoque) ; les métaphores : « ma patrie se lève !... Moi j'aime mieux la voir assise : ne remuez pas les bottes ! c'est mon principe » ; « prurigo d’idiotisme » ; les expressions populaires ou incorrectes : « liberté libre », « un tas de choses que ça fait pitié », « c’est épatant »,

 

b) Quelles correspondances apercevez-vous entre l’écriture de ces lettres et celle des poèmes du Recueil de Douai ? Justifiez vos remarques par des références précises aux textes.

 

L’alternance du ton sarcastique et de la plainte est aussi une caractéristique des poèmes.

Ton sarcastique, révolte : A la musique, le Mal, Rages de Césars …

Plainte, lyrisme : Ophélie, Soleil et Chair…

Mélange des deux tons : la plupart des poèmes évoquant les filles

 

Le rythme saccadé est fréquent : Ma Bohème, Au cabaret-vert, A la musique, … il cherche à provoquer une impression de fantaisie, de liberté.

 

c) Quelles caractéristiques ont fait probablement de ces lettres, pour leurs destinataires, des lettres intéressantes à recevoir ?

 

Le ton personnel, le ton de la confidence employé avec Izambard.

La variété des sujets abordés.

L’originalité de l’écriture.

L’humour.

14 février 1998

14.02.22

 

https://www.divitarot.com/fr/


Une personne (un peu plus jeune que toi) recherche ton amour. C’est une personne que tu as connue dans le passé, mais que tu as perdue de vue au fil du temps. Il/elle va réapparaître dans ta vie. Dans le passé, il/elle a déjà cherché à te séduire, mais il/elle n’a pas réussi (concrètement ou durablement). À ce moment, il est possible que tu ne l’aies même pas remarqué, car sa démarche était timide, floue ou peu convaincante. Il/elle va donc à nouveau tenter sa chance avec toi, mais cette fois-ci d’une manière beaucoup plus audacieuse. Cette personne est affligée par une blessure de l’âme (psychologique ou affective). Il/elle cherche probablement à se reprendre en main suite à une déception amoureuse qui s’est terminée récemment. Cependant, sur les plans professionnel et financier, cette personne a clairement réussi. Il/elle a une vie très active et tout va bien. D’ailleurs, il/elle se prépare présentement à demander (signer ou obtenir) un prêt, une hypothèque ou un contrat d’affaires.

Un cadeau ou un avantage te sera offert par une personne (h/f) qui t’est pratiquement inconnue, mais qui aspire à tisser des liens sincères et privilégiés avec toi. Cette personne t’a remarqué(e) récemment et il/elle t’observe étroitement depuis ce temps. Il/elle a développé (ou est en train de développer) des sentiments amoureux pour toi. Il semble être question d’une personne d’un rang hiérarchique supérieur au tien dans ton lieu de travail (ou relié à ton travail). Tu as des contacts fréquents avec lui/elle. Une solide camaraderie est en train de s’établir entre vous deux. Cette personne a un passe-temps qui est lié à un talent artistique exceptionnel. Il/elle va de surcroît essayer de t’initier à son passe-temps. D’ailleurs, il est évident que cette personne signera un jour un contrat en rapport avec cet extraordinaire talent. De plus, ce contrat sera une offre financière très lucrative. Entretemps, il est surtout question de toi. Cette personne est instinctivement attirée vers toi, car tu as quelque chose de non perceptible dans ta personnalité qui agit sur lui/elle et qui l’incite presque impulsivement à avoir des interactions plus privées avec toi. Tu auras bientôt une conversation très franche avec lui/elle et tu seras de toute évidence assez troublé(e) par son honnêteté concernant son attirance pour toi.

 

Un événement formidable sur le plan affectif est à venir bientôt. Un rêve amoureux exceptionnel se réalisera. Tu vivras un grand moment de béatitude suite à la décision que prendra sous peu la personne que tu aimes. Ce sera un passage marquant de ta vie. Cette personne t’apportera le bonheur, l’harmonie conjugale et un grand équilibre de vie. Splendeur, fertilité et merveilles te sont réservés!
Une personne t’aime. Tu le/la connais déjà, mais tu n’es présentement pas en mesure d’avoir la certitude qu’il s’agit bien de la personne que tu soupçonnes. Néanmoins, il s’agit bien de quelqu’un que tu apprécies et qui ne te laisse pas indifférent(e). Ses futures initiatives sont assez difficiles à prédire, ce qui indique que tu ne dois pas t’attendre à un changement majeur dans son comportement à court terme. Il est donc probablement question d’une personne hésitante (gêne, timidité, contrainte, insécurité?). Toutefois, si tu portes attention à certains gestes significatifs, tu réussiras sans doute à découvrir qui c’est. Tu n’as pas à poser de question, mais seulement à te montrer réceptif/réceptive.
9 janvier 2021

La lettre de Rimbaud du 16 avril 1874 et la transmission des "Illuminations"

Le but de cet article est de montrer que la nouvelle lettre de Rimbaud du 16 avril 1874 permet de donner des informations nouvelles sur les « Illuminations » qui comportent encore aujourd’hui d’importantes zones d’ombres.
Pour le comprendre, il nous faut donner un rappel historique :
En 1949 dans une thèse fameuse, Bouillanne de Lacoste avait bouleversé les études rimbaldiennes. Il pensait avoir prouvé que la « Saison en enfer » n’était pas la dernière oeuvre de Rimbaud et que les « Illuminations » avaient été écrites après la date indiquée par Rimbaud à la fin de son chef-d’oeuvre : août 1873. Il s’était appuyé notamment sur un critère graphologique et sur l’intervention du poète Germain Nouveau qui seront au centre de notre étude.
Par une lettre de Germain Nouveau à Jean Richepin datée de Londres le 26 mars 1874 nous savons que Rimbaud et Nouveau sont à Londres à ce moment-là. On pense que c’est à cette date que Rimbaud a écrit ou plutôt mis au net les « Illuminations ». En effet, Bouillanne de Lacoste avait  reconnu l’écriture de Germain Nouveau dans deux poèmes des « Illuminations ». De plus, Bouillane de Lacoste avait trouvé un élément graphologique décisif qui permet de distinguer toutes les « Illuminations » de tous les manuscrits connus de 1870-1873. Il avait constaté qu’à partir de 1875 l’écriture de Rimbaud avait changé : les f minuscules étaient bouclés par le bas ce qui ne l’était pas avant cette date. Mais il lui manquait des manuscrits de Rimbaud datés de 1874. Un seul, l’inscription de Rimbaud à Londres au British Muséum, le 4 avril 1874, lui donnait un f non bouclé. Indice un peu léger.
 Cependant depuis que le descendant de Jules Andrieu a mis en ligne la nouvelle lettre de Rimbaud du 16 avril 1874 on observe, dans la dernière version du fac-similé ( mise en ligne le 24 février 2019) plus nette que la précédente, que tous les f minuscules ne sont pas bouclés vers le bas. On en déduit que l’écriture de Rimbaud n’avait pas encore changée et que la mise au net des « Illuminations » a eu lieu après le 16 avril puisque répétons-le : tous les f des manuscrits des « Illuminations » sont bouclés par le bas. En particulier le poème « Métropolitain » qui présente la singularité suivante : les 12 premières lignes sont de la main de Rimbaud et les 19 suivantes sont de Germain Nouveau ce qui permet de dater l’intervention de Germain Nouveau après le 16 avril 1874 .
Le problème est que Germain Nouveau part de Londres pour Paris en juin 1874 (Cf chronologie de la Pléiade Nouveau). Il n’est pas possible qu’en l’espace maximum d’un mois et demi l’écriture de Rimbaud ait radicalement changé. L’intervention de Germain Nouveau a donc dû nécessairement avoir lieu plus tard, mais quand ?
Il se trouve qu’il y a une solution à cet épineux problème. Dans une seconde lettre de Germain Nouveau à Richepin, daté du 17 avril 1875, Nouveau raconte ce qu’il a fait après son aventure avec Rimbaud. Après son séjour à Paris, il est allé dans les Ardennes, puis en Belgique :
 « J’ai passé trois mois dans de perpétueux voyages ; j’ai vu, sans curiosité oisive pourtant, des nords de France d’une saveur inattendue, des paysans rouges, violets, des champs de guerre et de seigle, de gracieuses nuageries, des Ardennes singeant admirablement les cantons de Vaud des Suisses à deux cents lieues de leur Toepffer. La Belgique ne devait faire de moi qu’une bouchée […] »
On comprend que si Germain Nouveau est allé dans les Ardennes c’est pour rejoindre Rimbaud qui était à Charleville. Le départ de Nouveau des Ardennes, d’après l’indication donnée à Richepin, date de trois mois. Il faut donc situer son départ de Charleville vers le 17 janvier. (Sur la présence de Nouveau à Charleville en janvier, voir à ce sujet la note 3, p.742, de la biographie de Jean-Jacques Lefrère).Ceci donne la possibilité à Rimbaud d’avoir mis au net au moins les deux « Illuminations » auxquelles Germain Nouveau avait participé. 
Rimbaud ne savait pas que Verlaine sortirait de prison avec une réduction de peine le 16 janvier 1875. Il ne communiquait plus avec lui depuis de longs mois. Delahaye lui demanda s’il pouvait communiquer son adresse à Verlaine à Stuttgart et Rimbaud accepta. Fin février, Verlaine arrive à Stuttgart et nous savons que Rimbaud lui demanda de faire parvenir à Germain Nouveau à Bruxelles des poèmes en prose pour qu’il les fasse imprimer. Verlaine précisait que l’envoi lui avait coûté 2f.75 de port ce qui correspond largement comme je l’ai montré au poids de tous les feuillets connus des « Illuminations » (Voir l’article « Les poids des Illuminations » Magazine littéraire N°489 septembre 2009). On sait de plus que Germain Nouveau était à Bruxelles le 12 mars où il avait trouvé un poste d’enseignant à l’institut Rachet de Bruxelles (Maïté Dabadie, L’écharde dans la chair, 1986, page 60, note 100). Donc Rimbaud avait bien le manuscrit de ces poèmes à Stuttgart et il n’est pas impossible qu’il eût dans l’idée d’y travailler encore en Allemagne, comme le disait Verlaine dans la notice de La Vogue en 1886 en préface des « Illuminations » :  «  le livre que nous offrons au public fut écrit de 1873 à 1875, parmi des voyages tant en Belgique qu’en Angleterre et dans toute L’Allemagne. » Deux ans plus tard en 1888 Verlaine laissait entendre que Rimbaud lui avait confié le manuscrit des « Illuminations » (à quelqu’un qui en prit soin, comme il l’écrivait dans son article des « Hommes d’aujourd’hui » consacré à Rimbaud).
En conclusion Rimbaud n’a pas mis au net les « Illuminations » avec Germain Nouveau au printemps de 1874 comme on le croyait, mais juste avant de partir à Stuttgart en janvier-février 1875. On peut penser qu’il avait l’intention d’y travailler en Allemagne, mais il ne le fit probablement pas, car il communiqua la liasse de poèmes à Verlaine à Stuttgart fin février 1875 pour qu’il les envoie à Germain Nouveau. 

 

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16 septembre 2021

Le lexique ardennais de Rimbaud

Le lexique ardennais de Rimbaud1 COMMUNICATION DE JEAN-BAPTISTE BARONIAN À LA SEANCE MENSUELLE DU 8 JUIN 2019 Tous les lecteurs de Rimbaud l’ont constaté, ses œuvres contiennent des termes et des expressions, qui ressortissent soit au parler des Ardennes, soit à celui des départements français limitrophes ainsi que des provinces situées au sud de la Belgique. Quelques exemples significatifs :

– « flache » au vers 93 du Bateau ivre (« Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache ») et au troisième alinéa d’Ouvriers, un des textes des Illuminations (« Dans une flache laissée par l’inondation du mois précédent »). La plupart des commentateurs donnent à « flache », un terme moyen français jusqu’au XVIIIe siècle, le sens de « creux dans un terrain », de « flaque d’eau » ou de « mare2 ».

Toutefois, dans l’important Dictionnaire liégeois (1933) du linguiste verviétois Jean Haust (1868-1946), j’ai relevé que « flache » est aussi un synonyme de « flacon », notamment du côté de Seraing, et que l’expression « vider sa flache » pour « vider son verre de péket » (autrement dit un verre de genièvre) est assez courante – sens, qui pourrait fort bien – qui devrait fort bien ? – s’appliquer, me semble-t-il, au « flache » du Bateau ivre. Ce qui reviendrait à dire que Rimbaud utilise « flache » dans deux sens différents.

– « fesses » au vers 11 du poème bruxellois « Plates-bandes d’amarante » (« Après les fesses des rosiers »). Jean Haust note qu’en Wallonie, le terme, qu’on orthographie parfois aussi « faisses », désigne tantôt une branche qu’on entrelace pour réparer une haie ou pour construire un mur en torchis, tantôt une claie de branches entrelacées servant à former une paroi ou une clôture.

– « onnaing » au vers 19 du poème À la musique (« Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande, / Savoure son onnaing d’où le tabac par brins / Déborde »). « Onnaing » est le nom d’une pipe de qualité en terre réfractaire, qui était fabriquée par les frères Pierre et Antoine Scouflaire (ils étaient d’origine belge) dans la commune du même nom, près de Valenciennes, et qui était surtout vendue au nord de la France (la commune était également connue pour ses faïences, dont la production s’est échelonnée entre 1821 et 1938).

On peur rapprocher « onnaing » de « Gambier » (« L’hypogastre et le col cambrés, une Gambier / Aux dents »), qu’on trouve au vers 3 d’Oraison du soir et qui est une autre marque de pipe fabriquée, elle, à Givet, à la frontière franco-belge. La maison a été fondée en 1780 par le dénommé Jean Gambier, originaire quant à lui de Dieppe, et n’a disparu qu’en 1928. Elle a longtemps été considérée comme la plus importante piperie en Europe. Les pipes qu’elles produisaient étaient fabriquées à partir d’une argile appelée la « derle » et extraite du côté d’Andenne et dans la région de la Lesse. Les collectionneurs les recherchent aujourd’hui pour la décoration de leurs fourneaux (il en existe plus de mille six cents différentes), de nombreux en couleurs à l’effigie de personnalités artistiques ou politiques (Rubens, Rembrandt, Voltaire, Paganini, Napoléon, Gambetta, Disraeli, Léopold II, Guillaume II…). Les pipes utilisées par Rimbaud étaient très vraisemblablement des Gambier. On en voit sur certains dessins exécutés par Paul Verlaine et par Félix Régamey.

– au vers 23 du même poème, Rimbaud parle de pioupious « fumant des roses ». Les roses étaient la couleur du papier d’emballage entourant des paquets de cigarettes de bonne qualité, par opposition aux bleues, des cigarettes de moins bonne qualité – des mots, dont le sens, pareillement, n’était alors compréhensible que dans le nord de la France. – « bock » au vers 2 de Roman (« – Un beau soir, foin des bocks et de la limonade »). Bock est absent des diverses éditions du Dictionnaire de la langue française rédigé par Émile Littré de 1847 à 1865, lequel Émile Littré aimait pourtant, je le signale au passage, les mots peu usités ainsi que les verbes devenus rares (ou précieux) de nos jours tels que « barguigner » (hésiter), « morguer » (traiter avec arrogance) ou « s’emberlucoquer » (s’entêter).

Le poème Roman date de 1870, mais le mot « bock » ne se répand réellement à Paris qu’à partir de 1875, après la fondation par Émile Bellot du Bon Bock, sur le modèle des Vilains Bonshommes (auxquels Rimbaud et Verlaine ont appartenu), des Spartiates (anciennement Dîner Sainte-Beuve) ou du Parnasse Club – une confrérie, qui organise des dîners artistiques, où alterneront la poésie, la musique et les « fantaisies », « au gré de tous les auditeurs3 ». La confrérie ira jusqu’à compter plus de mille membres. Selon le nombre de convives, elle changeait de restaurant : Minerve, Au Grand Turc, La Boule noire, Les Vendanges de Bourgogne… Émile Bellot, qui était graveur, a été portraituré en 1873 par Édouard Manet et représenté la pinte en main (le tableau s’intitule du reste Le Bon Bock).

Dix ans plus tard (9 juillet 1883), Guy de Maupassant, lui, donnera au Gil Blas un conte intitulé Garçon, un bock !, dédié à José Maria de Heredia et repris la même année dans le recueil Miss Harriet. Le terme y figure à de nombreuses reprises.

– « fouffes » au vers 27 de Mes petites amoureuses (« Plaquez de fouffes douloureuses / Vos tétons laids ! »). Dans Le Parler des Ardennes (2006), Michel Tamine signale que ce mot régional, synonyme de « chiffon » ou de « haillon », est souvent employé au pluriel, de la racine expressive fouf-, désignant des choses sans valeur. Par extension, et dans un sens péjoratif, « fouffes » désigne aussi une femme, une fille aux mœurs légères.

– « orrie » au vers 3 du poème Les Pauvres à l’église (« Vers le chœur ruisselant d’orrie »), savoir « dorures » ou « ornements dorés ». « Orrie » est par ailleurs un prénom anglo-saxon assez courant (par exemple l’écrivain américain Orrie Edwin Hitt ou le roman Le Crime d’Orrie du romancier américain Thomas Berger, publié chez Fayard en 1994).

– « darne » au vers 4 du poème Accroupissements (« Lui darde [le soleil] une migraine et fait son regard darne »). Selon Michel Tamine, cet ardennisme a deux significations : soit pris d’éblouissement, de malaise, de vertige, dont les manifestations sont identiques à celles de l’ivresse (« il faut que je m’assoie, je me sens  toute darne ») ; soit fou, de la racine germanique darn- (« c’est un vrai darne »). Michel Tamine mentionne aussi deux autres termes ardennais proches : « darnée », un substantif féminin (éblouissement, vertige) et « darniller », un verbe intransitif (avoir des vertiges, être ivre).

– « fuireux » au vers 12 du poème Les Premières Communions (« Des nœuds de mûriers noirs et de rosiers fuireux »). Dans son édition des Œuvres complètes de Rimbaud à la « Bibliothèque de la Pléiade » parue en 1972, Antoine Adam note : « On a, depuis longtemps, rapproché fuireux et foireux. Restait à expliquer ce qu’est un rosier fuireux. Un lecteur d’origine ardennaise nous append que l’expression rosier foireux ou fuireux est d’usage courant dans son village voisin de Rethel pour désigner l’églantier. Les églantines y sont appelées des roses fuireuses » (p. 911). André Guyaux précise que Rimbaud fournit ici la première attestation de ce régionalisme (Œuvres complètes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2009, p. 860).

– « après » au vers 14 de Michel et Christine (« Mais moi, Seigneur ! voici que mon esprit vole, /Après les cieux glacés de rouge »). Dans son étude « Le patois de Rimbaud » (La Grive, n° 53, avril 1947), Charles Bruneau (1883-1969) mentionne quelques occurrences similaires en vigueur dans les Ardennes, comme « J’attends après le train » pour « J’attends le train » ou « Il a grimpé après un arbre » pour « Il a grimpé sur un arbre ». En Wallonie, on dit aussi « aller après quelque chose » pour « aller chercher quelque chose ». Ou encore « être après ses sous » : être regardant, regarder de près à la dépense.

Dans Le Bon Usage (quatorzième édition, 2008), Maurice Grevisse et André Goosse énumèrent divers autres cas : « courir après », « galoper après », « sauter après », assortis de citations littéraires classiques (Stendhal, Hyppolite Taine, Jacques Rivière, Georges Bernanos). Ils citent notamment une phrase tirée des Contes du lundi (1865) d’Alphonse Daudet, que Rimbaud a peut-être lus à la Bibliothèque de Charleville : « Tout le monde lui était après » pour « Tout le monde lui en voulait ».

– « mains de cousine » au vers 29 du poème Les Mains de Jeanne-Marie (« Ce ne sont pas mains de cousine »). D’après le philologue et historien Albert Henry, « cousine » est ici synonyme de « fille de joie » et serait un régionalisme, à l’instar de « darne » ou de « fouffes ». Albert Henry, qui a été membre de la Société de langue et de littérature wallonnes, s’appuie sur un article du Dictionnaire wallon-français, dialecte givétois de J. Waslet, publié à Sedan en 1923 (Lecture de quelques Illuminations, Palais des Académies, 1989, p. 151). Le mot peut aussi être orthographié « couzine » dans les Ardennes.

Je signale au passage que « cousins » au pluriel veut dire « testicules » dans certains coins de Wallonie.

– « ramassais » au vers 3 de La Maline (« Je ramassais un plat de je ne sais quel met »), qui n’est pas tant, me semble-t-il, une expression régionale signifiant « prendre un plat », « commander un plat », ou encore « achever de vider une assiette4 qu’un exemple de cacographie, concept inventé en 1815 par le grammairien et auteur de livres scolaires Jean-Étienne Forestier dit Boinvilliers (1764-1830).

Il s’agit de mots qu’on a sciemment mal orthographiés ou qui sont impropres, et qu’on a choisis par jeu, par dérision ou afin d’attirer l’attention de leurs destinataires (on peut songer à Zazie dans le métro de Raymond Queneau ou même aux Revenentes de Georges Perec). Dans les années 1860-1870, la cacographie était à la mode à Paris et ceux qui la pratiquaient (dont Charles Cros) s’efforçaient surtout de concevoir des phrases amusantes, drôles et burlesques : plus elles l’étaient, plus leurs auteurs étaient applaudis.

D’une certaine manière, L’Album zutique, auquel Rimbaud a donné vingt-deux textes en forme de pastiches (sur une centaine écrite par d’autres zutistes pasticheurs tels que Paul Verlaine, Albert Mérat ou Léon Valade) pourrait passer pour un répertoire chamarré et révélateur de cacographies pratiquées à cette époque (le poème Bouts-rimés en est peut-être la meilleure illustration), leur principale bête noire étant François Coppée, lequel allait, une vingtaine d’années plus tard, traiter Rimbaud de « fumiste réussi » et considérer Voyelles comme un déplorable sonnet parnassien (Ballade des vieux Parnassiens, Annales politiques et littéraires, 5 mars 1893) :

Rimbaud fumiste réussi

Dans un sonnet que je déplore

Veut que les lettres O E I Forment le drapeau tricolore.

En vain le Décadent pérore. Il faut, sans « mais », ni « car », ni « si »,

Un style clair comme l’aurore.

Les Vieux Parnassiens sont ainsi.

Il convient de remarquer à ce propos que les jugements négatifs n’ont pas manqué à la fin du XIXe siècle et que François Coppée n’est pas le seul à avoir parlé de fumiste. Guy de Maupassant, que j’ai évoqué plus haut à propos de « bock », s’est servi du même vocable péjoratif dans un passage de La Vie errante, un ouvrage publié en 1890, donc encore du vivant de Rimbaud (Ollendorf, p. 19-20), où il consacre, lui aussi, quelques lignes aux Voyelles.

Tout comme le critique et très officiel historien des lettres Jules Lemaître. Lecteur au premier degré, insensible à la magie des symboles, il note que le « misérable Arthur Rimbaud a cru, par la plus lourde des erreurs, que la voyelle U était verte » (Les Contemplations, 4e série, Lecène et Oudin, 1893, p. 72).

Ou encore l’essayiste Madeleine Vigié (elle signait E. Vigié-Lecocq) : dans son livre La Poésie contemporaine, qui a paru en 1897 et qui été un succès de librairie, elle n’hésite pas à dire que Rimbaud est un exemple de « poésie maladive », notamment parce qu’il a écrit Voyelles ainsi que Les Premières Communions, où il y a le vers « Christ ! ô Christ, éternel voleur des énergies » (Mercure de France, p. 172-173). Elle reprend grosso modo l’appréciation de Louis Després, un fervent d’Émile Zola, dans un violent article de la Revue indépendante de juin 1884 :

M. Rimbaud me semble le produit le plus typique du byzantinisme baudelairien, aboutissant à la folie. De la mystification grave et convaincue, une recherche morbide des « verts de plaie » et des incompréhensibilités psychiques et linguistiques, du rêve biscornu, démentiel (cité par Daniel A. de Graaf, « Les premiers adversaires de Rimbaud », Revue belge de philologie et d’histoire, 1956, p. 56). Dans son intéressant Un Hollandais à Paris en 1891, un ouvrage sous-titré « sensations de littérature et d’art » et traduit en français chez Perrin l’année suivante avec une préface d’Anatole France, l’écrivain hollandais Willem G. C. Byvanck (1848-1925) considère pour sa part que Rimbaud est un « voyou » et laisse clairement entendre que Le Bateau ivre ressortit à la littérature « irrationnelle » (p. 240).

– « UNE froid », au vers 14 de La Maline (« J’ai pris UNE froid sur la joue… »). L’expression est un belgicisme assez populaire, en particulier dans la vallée de la Meuse entre la frontière française et Namur et dans le Hainaut : attraper un rhume5 . Cependant, on peut se demander si le poème entier, y compris son titre qu’il aurait été correct d’écrire La Maligne, ne constitue pas, lui aussi, une cacographie poétique (tout comme « Malinement » au vers 4 de Première soirée).

Est-ce du reste un hasard, et rien qu’un simple hasard, si « met » est orthographié sans s, s’il est suivi, au vers 4, de l’adjectif « Belge » (par dérision ?), si l’article « UNE » est transcrit avec des capitales et si, au surplus, apparaît au vers 12 le très curieux « m’aiser » (« Elle arrangeait les plats, tout près de moi, pour m’aiser »), à la place de « pour me mettre à l’aise » ou « pour me satisfaire » ? [Verlaine reprend le mot dans le poème X du recueil Odes en son honneur paru en 1893 : « de malines fossettes ».]

– « d’hache » pour « de hache » au vers 4 des Douaniers (« Qui tailladent l’azur frontière à grands coups d’hache »), un sonnet plein de références belliqueuses, où Rimbaud se moque des soldats en poste à la frontière franco-belge, des gens qui parlent mal et dont l’accent et la prononciation prêtent à sourire (soldats en poste en exécution de l’armistice de Versailles et de la paix de Francfort de 1871).

– « épeure » au vers 9 du poème Au Cabaret-Vert (« celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! »), régionalisme pour « apeure », du verbe « apeurer ». Et je ne parle pas ici des néologismes tels que « affriandée » (Les Étrennes des orphelins), « bleuités » (Les Premières Communions, Le Bateau ivre), « bombinent » (Les Mains de Jeanne-Marie), « dérades » (sorties de la rade, Le Bateau ivre), « droguailles » (mauvaises drogues, Le Forgeron), « féal » (Ma bohème), « fringalant » (Les Pauvres à l’église), « hannetonner » (Chant de guerre parisien), « hargnosités » (Les Assis), « hart » (Le Forgeron), « incague » (« incaguer », c’est-à-dire couvrir d’excréments, Ce qu’on dit au poète à propos de fleurs), « percaliser » (Les Assis), « pialats » (Mes petites amoureuses), « pioupiesques » (Le Cœur volé), « rabats » (Le Châtiment de Tartuffe, « robinsonne » (Roman),« sapinaies » (La Rivière de cassis), « strideurs » (L’Orgie parisienne, Voyelles), « tendronnier » (Mes petites amoureuses), etc.

Au-delà de ces quelques exemples, une évidence s’impose : par un certain nombre de singularités, le français de Rimbaud s’arcboute, dans plusieurs de ses poèmes en vers et en prose, autour d’une syntaxe régionale, voire une syntaxe dialectale, pour ne pas dire carrément une syntaxe ardennaise, à supposer que cette dernière possède une grammaire spécifique, et même une syntaxe paysanne ardennaise. En quoi, Charles Bruneau a parfaitement raison de dire que Rimbaud « reste notre poète national » (La Grive, n° 53, avril 1947, p. 6) et Georges Duhamel, lui, que « Rimbaud est de son pays, et même de sa petite ville » (Refuges de la lecture, Mercure de France, 1954, p. 226), « national », « pays » et « petite ville » devant être compris en l’occurrence dans leur acception la plus élémentaire.

Dans son livre sur le poète (Rimbaud. L’artiste et l’être moral, Messein, 1923), Ernest Delahaye signale qu’au moment de « son arrivée à Paris en 1871, Rimbaud avait un accent ardennais assez fort », mais qu’il « le perdit presque immédiatement » et qu’après « six semaines de séjour », il « parlait comme un Parisien “né natif“ ». Et comme Ernest Delahaye (qui est né à Mézières) a été un des très rares amis de Rimbaud, dont il a fait la connaissance à l’âge de six ans au collège de Charleville, son témoignage à ce sujet est des plus plausibles.

En 1946, dans l’ouvrage collectif Paul Valéry vivant, Joë Bousquet rapporte une conversation avec l’auteur du Cimetière marin et remarque : « Je soutenais que les déformations de langage dues à un accent défectueux orientaient parfois avec bonheur l’invention poétique. » Et là-dessus, après avoir cité le vers du Bateau ivre « Où les serpents géants dévorés des punaises », il ajoute : « Arthur Rimbaud avait l’accent de Charleville qu’il n’avait guère quittée quand il écrivit son morceau de bravoure ; il allongeait les diphtongues et appelait un bois un boa et entendait les habitants de son patelin appeler punaises des boas les puants insectes plats et roux qu’on l’on trouve sous les frondaisons humides. Il a voulu que ce qu’il entendait consommât l’oubli de ce qu’il savait. Ainsi la musique verbale a fait ce vers, comme l’odorat nous a valu le parfum goudronneux du vers suivant : “Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !“ » (Paul Valéry vivant, Cahiers du Sud, 1946, p. 200- 201.)

Ce qui est sûr, à tout le moins, c’est que le style, la construction et l’articulation de beaucoup de vers et de phrases de Rimbaud n’ont rien de convenu ni d’académique, que ce soit la juxtaposition des mots les uns derrière les autres, la manière de les assortir (ne serait-ce que l’usage fréquent des inversions), la concordance des temps ou la ponctuation (qui a, on le sait, fortement intrigué Henry de Bouillane de Lacoste).

On a la nette impression, en somme, d’avoir presque toujours affaire à une langue irrégulière, avec des clausules tout à fait surprenantes, des ruptures métriques, des répétitions, des périodes heurtées, décousues, dégradées, parfois même parlées et épousant les pulsions instinctives d’une discussion à haute voix entre plusieurs interlocuteurs, au sein de laquelle la recherche et le souci de la correction importent peu, comme en témoignent les vers des Poètes de sept ans ou la phrase « D’un bon rire qui voulait bien », le vers 28 de Première soirée. En effet, en quoi consiste au juste un « bon rire qui voulait bien » ? Imagine-t-on, a contrario, un « bon qui rire qui ne voulait pas bien » ?

Tout se passe comme si, « prodigieux linguiste » comme l’a écrit Verlaine, maître d’un « sémantisme complexe et mystérieux » (André Guyaux), Rimbaud avait recours à des façons de parler volontairement non-conformistes, transgressives et antibourgeoises, à l’image même de son comportement dans la vie quotidienne, à Charleville, à Paris, à Bruxelles et à Londres.

Peut-être que ces façons de parler s’inscrivent également dans le contexte de ce que certains historiens ont appelé le « réveil culturel des provinces », lequel, « dans la seconde moitié du XIXe siècle, [a vu] naître et prospérer, partout sur le territoire [français], quantité d’institutions locales, de cercles artistiques, d’académies et de sociétés savantes se donnant pour mission de consigner et de valoriser l’histoire et la culture du pays et de promouvoir les œuvres des écrivains, poètes et artistes du cru6 », ainsi que les parlers patoisants et les idiomes locaux. (Réveil, ou sursaut, que Verlaine saluera avec enthousiasme dans une conférence donnée au Procope le 29 mars 1894 et intitulée « Les Poètes du Nord », où il parle de « la trop grande centralisation parisienne » et dit que chaque artiste a sa « patrie », avant d’évoquer la Douaisienne Marceline Desbordes-Valmore, le Boulonnais Sainte-Beuve, le Lillois Alexandre Desrousseaux et le Cambrésien Charles Lamy.)

Et tout se passe comme si, à travers sa géniale et formidable quête poétique, à travers « l’empressement de sa parole », selon la belle expression de René Char(Arthur Rimbaud, Œuvres, Club français du livre, 1957, p. XVI), Rimbaud avait voulu à la fois démanteler et désacraliser l’art d’écrire – le mythe hugolien du poète consensuel, si admiré et si célébré à son époque (François Coppée en est le parfait représentant), puisque aussi bien le Voyant est à ses yeux non seulement le dérègleur de tous le sens, mais en outre le dérègleur de la langue tout entière.

Quitte à ce que cette entreprise de démolitions systématique le conduise à écrire des textes presque obscurs ou difficilement déchiffrables, à l’instar de Parade, des trois sections de Vies ou encore de Génie, l’ultime vrai/faux poème des Illuminations, ultime offrande à l’Histoire séculaire de la poésie française, ultime sursaut lyrique avant de passer à l’acte à l’autre bout du monde et, cette fois, d’y dérégler corps et âme sa propre existence7 .

Il est l'affection et le présent, puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été, - lui qui a purifié les boissons et les aliments - lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations. Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase.

Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue, et l'éternité : machine aimée des qualités fatales. Nous avons tous eu l'épouvante de sa concession et de la nôtre : ô jouissance de notre santé, élan de nos facultés, affection égoïste et passion pour lui, lui qui nous aime pour sa vie infinie...

Et nous nous le rappelons, et il voyage... Et si l'Adoration s'en va, sonne, sa promesse sonne : « Arrière ces superstitions, ces anciens corps, ces ménages et ces âges. C'est cette époque-ci qui a sombré ! »

Il ne s'en ira pas, il ne redescendra pas d'un ciel, il n'accomplira pas la rédemption des colères de femmes et des gaîtés des hommes et de tout ce péché : car c'est fait, lui étant, et étant aimé.

O ses souffles, ses têtes, ses courses ; la terrible célérité de la perfection des formes et de l'action.

O fécondité de l'esprit et immensité de l'univers.

7 Si on excepte les deux poèmes insérés dans la lettre du 14 octobre 1875 adressée à Ernest Delahaye : Rêve et Valse. Dans celui-ci, on trouve « abssorbère » pour « absorbe » et « gluant », qui signifie en l’occurrence un jeune élève dans le parler ardennais.

Son corps ! Le dégagement rêvé, le brisement de la grâce croisée de violence nouvelle !

Sa vue, sa vue ! tous les agenouillages [une cacographie ?] anciens et les peines relevés à sa suite.

Son jour ! l'abolition de toutes souffrances sonores et mouvantes dans la musique plus intense.

Son pas ! les migrations plus énormes que les anciennes invasions.

O lui et nous ! l'orgueil plus bienveillant que les charités perdues.

O monde ! et le chant clair des malheurs nouveaux !

Il nous a connus tous et nous a tous aimés. Sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regards en regards, forces et sentiments las, le héler et le voir, et le renvoyer, et sous les marées et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.

Ce poème incantatoire joue sur le « mystère de l’identité » (André Guyaux, op. cit., p. 983) et illustre à merveille, si ce n’est à son point d’incandescence absolu et à son paroxysme, l’ambition poétique de Rimbaud, ne serait-ce qu’à travers le titre qu’il a choisi et qui atteste que le Voyant est un individu à part, un être messianique ou carrément un créature divine, un dieu.

En réalité, cette ambition, cette entreprise de démolition, de démystification, ou à tout le moins cette recherche de renouvellement du verbe, Rimbaud l’a nourrie depuis ses premières œuvres en vers et en prose écrites en 1868, alors qu’il avait à peine quatorze ans, « Petit Poucet rêveur » (Ma Bohème). Et c’est ce qu’atteste, avec une force inouïe, extraordinaire, sa célèbre lettre datée de Charleville le 15 mai 1871 et adressée au poète douaisien Paul Demeny, qu’on a baptisée « la lettre du Voyant ».

Donc le poète est vraiment voleur de feu.

Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue ;

– Du reste, toute parole étant idée, le temps d’un langage universel viendra ! Il faut être académicien, – plus mort qu’un fossile, – pour parfaire undictionnaire de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l’alphabet, qui, pourraient vite se ruer dans la folie !

– Cette langue sera l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs de la pensée accrochant la pensée et tirant. Le poète définirait la quantité d’inconnu s’éveillant en son temps dans l’âme universelle : il donnerait plus – que la formule de la pensée, que sa notation de sa marche au Progrès ! Énormité devenant norme, absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de Progrès !

[…]

En attendant, demandons aux poètes du nouveau – idées et formes. « Trouver une langue. » On songe à ce que disait (augurait ?) Marguerite Duras en 1990 : « Il y aurait une écriture du non-écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture des mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Égarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt » (Écrire, Gallimard, 1990, p. 71).

Et on songe à ce qu’écrivait Marcelin Pleynet dans son essai Rimbaud en son temps en 2005 : « Dans des conditions historiques d’une féroce médiocrité, l’œuvre et la vie de Rimbaud font aujourd’hui encore –, et ne cesseront de faire – événement, dans la mesure où la question qu’elles posent essentiellement […] assume, pour l’humain, le dévoilement dynamique de toute parole, de toute existence et de toute pensée » (Gallimard, p. 174).

Et voilà pourquoi la poésie de Rimbaud, quel que soit l’angle sous lequel on l’examine et l’analyse, ne cesse pas non plus d’être, d’abord et avant tout, téméraire, provocante et scandaleuse

Copyright © 2019 Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Tous droits réservés.

Pour citer cette communication : Jean-Baptiste Baronian, Le lexique ardennais de Rimbaud [en ligne], Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 2019. Disponible sur : 

 

17 avril 2021

"Il n'y a que trois villes supportables au poète : Paris, Constantinople et Marseille" Arthur Rimbaud

Dans un article du Mercure de France du 16 janvier 1912, intitulé : "Considérations sur Paul Verlaine"(p.263), le poète et policier Ernest Raynaud écrivait : Je me souvenais d'une confidence d'Arthur Rimbaud : " Il n'y a que trois villes supportables au poète : Paris, Constantinople et Marseille". Cette confidence, Raynaud ne la tenait pas directement de Rimbaud qu'il n'avait pas connu, mais il pourrait la rapporter de deux témoins priviligiés de Rimbaud : Verlaine et Charles Cros qu'il avait rencontrés dès 1882-1883. Surtout, il avait très bien connu Verlaine. Raynaud était un des premiers poètes à s'intéresser vivement à Rimbaud qu'il avait pastiché plusieurs fois. Il était intervenu aussi dans la transmissions de plusieurs manuscrits inédits du poète de Charleville. On peut considérer que le commissaire Raynaud est un témoin fiable et qu'il n'a pas inventé ce témoignage jamais relevé encore par les rimbaldiens. On jugera de l'intérêt de cette phrase si elle a été prononcée par l'auteur de "Villes".On peut consulter l'article ici. Jacques Bienvenu.

18 janvier 2021

Arthur Rimbaud (1854-1891) : de prodige du vers à négociant à Harar et Aden

"ma vie serait toujours trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté…"

 Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854, à Charleville dans les Ardennes. Dès ses jeunes années, il démontre son goût et son talent pour la poésie qu’il abandonnera définitivement à l’âge de 20 ans. Pourtant, en quelques années seulement, Rimbaud produit une œuvre dense, révoltée et innovante qui bouleverse à jamais les canons de la poésie française. Dorénavant, cette dernière ne pourra plus se concevoir sans « Le Bateau ivre », « Le Dormeur du val » ou « Voyelles ».

 Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau

  Celui qui deviendra « l’homme aux semelles de vent » fait ses premières fugues à l’âge de 15 ans. Il ne cessera plus d’être en mouvement. Quelques années plus tard, il se consacre à l’apprentissage des langues. L’Orient le passionne. Son engagement dans l’armée coloniale néerlandaise lui permet, en 1876, de voyager jusqu’à Java. Puis, parti pour l’Égypte, il cherche à se faire employer dans les ports de commerce, mettant en avant sa connaissance des langues. Enfin, en 1880, il signe un contrat avec la Maison Vianney et Bardey pour s’occuper du commerce du café, de l’ivoire et des peaux à Harar, ville à l’est de l’Éthiopie actuelle. Cette activité commerciale façonne les dernières années de sa vie qu’il passe entre Aden et la côte africaine, sur les deux rives de la mer Rouge. Ses tentatives de prendre part au trafic d’armes s’avèrent peu fructueuses. En 1888, il ouvre à son propre compte un comptoir à Harar. Deux ans plus tard, affaibli par la maladie, il est obligé de quitter l’Afrique. En 1891, Rimbaud meurt à Marseille, à l’âge de 37 ans. 

Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d’otages ces misérables. J’entre au vrai royaume des enfants de Cham. …je retournais à l’Orient et à la sagesse première et éternelle. Aux pays poivrés et détrempés ! – au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires. Dans une magnifique demeure cernée par l’Orient entier j’ai accompli mon immense œuvre et passé mon illustre retraite. Son retrait brutal de la scène littéraire étonne ses contemporains. L’ingénieur italien Luigi Robecchi Brichetti, rencontré à Harar en 1888, le décrit ainsi : « …polyglotte Rimbaud, homme de lettres français qui, après avoir délaissé les muses, mis de côté la critique et jeté la plume, était venu en Afrique plonger dans le bain prosaïque mais lucratif d’un commerce d’importation et d’exportation. Il avait de l’esprit, de la verve et de l’éloquence » (extrait de Nell’ Harar, par Luigi Robecchi Brichetti). Mais Rimbaud n’est pas seulement un simple marchand. Il est aussi un observateur attentif et un photographe. Ses impressions de voyage nous sont notamment parvenues dans sa correspondance. Le génie poétique de Rimbaud ainsi que sa vie courte et pleine d’aventures ont contribué à forger sa légende et faire proliférer les études rimbaldiennes partout dans le monde. L’intérêt particulier pour Rimbaud dans le monde arabe peut s’expliquer par les liens étroits qu’il eût avec celui-ci durant les dernières années de sa vie. Si les chercheurs ne sont pas d’accord sur l’éventualité de sa conversion à l’islam, son intérêt marqué pour cette religion est néanmoins avéré. Plusieurs exemplaires du Coran lui ayant appartenu sont connus, dont celui conservé dans les fonds patrimoniaux de la bibliothèque de l’IMA. En 1991, à l’occasion du centenaire de la mort de Rimbaud, plusieurs manifestations culturelles ont eu lieu à l’Institut du monde arabe. Aujourd’hui, nous profitons des Journées du patrimoine pour vous présenter le Coran de Rimbaud, une lettre inédite en arabe, ainsi qu’une petite sélection d’ouvrages portant sur la deuxième partie de sa vie et sur sa réception dans le monde arabe. Coran ayant appartenu à A

 

4 mai 2021

Voncq

 

Panorama de Voncq :

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 La mairie-école de Voncq :

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 Moulin de la Tortue :

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 L'Aisne à Voncq :

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 Quai Rimbaud à la gare de Voncq/Roche : 

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 Gare de Voncq (et de Roche) en bas de la colline, à proximité du canal : 

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 Église Notre-Dame de Voncq : 

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5 mai 2021

Chuffily-Roche

 

Abords de Roche :

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 Lavoir de Roche : 

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 Eglise St Pierre :

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 Fontaine St Pierre :

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21 septembre 2021

Le Bateau ivre a 150 ans

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On peut commander aux éditions l'Harmattan le livre :

Le Bateau ivre a 150 ans

Sous la direction de Pierre Brunel, Giovanni Dotoli, Arnaud Santolini, Mario Selvaggio

Articles de :

T1

T2

T3

3 mai 2021

Attigny

 

Mairie et palais de Charlemagne :

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 Canal des Ardennes à Attigny : 

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 Palais de Charlemagne : 

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 Eglise Notre Dame : 

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23 avril 2021

Entretien avec Pierre Brunel


Voici l'entretien enregistré avec Pierre Brunel, le samedi 27 janvier 2018, dans la chambre de Rimbaud, rue Victor Cousin à Paris. 

13 avril 2021

Départ

Crépuscule à Venise

spaceAssez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie. - O Rumeurs et Visions !

Départ dans l'affection et le bruit neufs !

 

13 avril 2021

Fête d'Hiver

spaceLa cascade sonne derrière les huttes d'opéra-comique. Des girandoles prolongent, dans les vergers et les allées voisins du Méandre, - les verts et les rouges du couchant. Nymphes d'Horace coiffées au Premier Empire, - Rondes Sibériennes, Chinoises de Boucher.

 

15 mai 2021

Je suis réellement d'outre-tombe, Arthur Rimbaud

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Charleville-Mézières (Ardennes). À l’entrée du cimetière de la ville, où est enterré Rimbaud, une boîte à lettres spéciale invite à lui écrire. (LP/Y.J.) Source.

25 août 2008

Titanic

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2 mai 2021

Total Eclipse - Rimbaud et Verlaine

 

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14 avril 2021

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28 juin 2022

La tombe d'arthur : cimetière Boutet

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A la table d'Arthur

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6 juillet 2022

Roche, village d'Arthur : 27 Juin 2022

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26 juin 2022

La Maison des Ailleurs

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26 juin 2022

Visite Musée Arthur Rimbaud 26 Juin et 1er Juillet 2022

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Place Ducale

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